Giuseppe Sacco
Comme on pouvait s’y attendre, à peine une heure avant l’échéance fixée par Donald Trump pour «déchaîner l’Enfer», les États-Unis ont annoncé une nouvelle trêve avec l’Iran. Un événement facile à prévoir, compte tenu de la conjoncture internationale dans laquelle une position tout à fait déterminante est occupée par un président-bouffon, dont la véritable vocation est celle d’un spéculateur capable de tirer un profit personnel des brusques évolutions boursières. Des évolutions, elles aussi faciles à anticiper, puisqu’il peut lui-même les provoquer en vertu du rôle politique auquel les Américains l’ont imprudemment élu.
Le classique coup de trompette entendu à droite vers 6h30, heure de Washington — le déblocage provisoire du détroit d’Ormuz — est en effet venu in extremis du ministre des Affaires étrangères iranien Araghchi, par un message publié sur X (anciennement Twitter), mettant fin à une situation qui avait poussé le prix du baril de pétrole à environ 115 dollars. À quoi, sur la gauche, a répondu le coup de trompette sur Truth Social par lequel Trump a chanté victoire : «à la suite de l’accord de la République islamique d’Iran pour l’ouverture complète, immédiate et sécurisée du détroit d’Ormuz, je déclare accepter de suspendre pour une période de deux semaines.»
Comme prévu, les acteurs concernés ont ainsi pu procéder à l’achat, aux nouveaux prix — environ 17% de moins —, des hydrocarbures précédemment vendus à découvert au moment de la tension militaire maximale et des cours les plus élevés. Des opérations analogues ont été possibles sur les marchés actions, où la hausse a été tout aussi marquée. L’indice japonais Nikkei 225 a ainsi immédiatement enregistré un bond de 4,38 %, tandis que le Kospi sud-coréen s’est envolé avec une progression de 5,71 %.
Des sous, oui. le Nobel, non
Cette fois, Donald Trump n’a en revanche pas pu se vanter d’avoir trouvé une solution à une nouvelle guerre, qui, selon ses propres calculs, aurait été la neuvième depuis le début de son second mandat. Le mérite en a été attribué au Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont les «efforts infatigables» pour servir de médiateur en vue d’uncessez-le-feu ont été largement salués, ainsi que pour obtenir de l’Iran l’engagement d’interrompre ses activités défensives dès que cesserait l’agression israélo-américaine.
Une autre occasion donc manquée de revendiquer le prix Nobel de la paix. En contrepartie, Trump a déclaré à une agence de presse que les États-Unis avaient, en cette occasion, remporté une «victoire totale et complète à 100%». D’autant plus que le pays en soutien duquel les États-Unis sont intervenus dans cette guerre, Israël, a annoncé dans les premières heures de mercredi soutenir la décision du président américain et donc suspendre les attaques «sauvages» contre l’Iran qui avaient caractérisé son action durant les semaines de guerre.
À ce propos, les autorités iraniennes ont répondu en tournant en dérision les prétentions trumpiennes de victoire militaire. Tandis que d’autres sources, plus discrètes, soulignent que les deux semaines de trêve qui viennent d’être annoncées sont également dans l’intérêt immédiat de Tel Aviv, qui, ces derniers temps, avait donné des signes étonnamment explicites de se trouver en situation de surmenage stratégique (overstretching).
La guerre «style Gaza» au Liban
Tel Aviv, de son côté, a tenu à préciser que la trêve obtenue par les États-Unis et l’Iran ne s’applique pas àla guerre parallèle menée «sur le modèle de Gaza» au Liban, laquelle se poursuivra sans interruption. Et, dans une perspective plus générale et de plus long terme, Israël soutiendra l’effort des États-Unis, explicitement formulé ces derniers jours par Donald Trump, visant à créer une situation « dans laquelle l’Iran ne représentera plus jamais une menace — qu’elle soit nucléaire, balistique ou terroriste — pour l’Amérique, pour Israël, pour les pays arabes voisins du Golfe, et pour le monde entier».
Dans l’atmosphère de célébration et de victoire affichée par Trump mercredi matin, il n’est cependant pas clair ce qu’il adviendra de la question de l’uranium enrichi, qui constituait l’objectif principal de cette guerre et qui demeure solidement enfoui en Iran, selon les déclarations mêmes de Trump, comme l’a également montré à plusieurs reprises l’attitude de Tel Aviv. À ce sujet, Trump a affirmé que la question serait «parfaitement réglée — sinon, je n’aurais pas accepté !».
À la surprise générale, Trump — répondant à certaines questions sur un éventuel rôle de Chine dans l’accord conclu in extremis — s’est également dit convaincu que la Chine avait joué un rôle décisif dans le processus diplomatique : que Pékin avait encouragé Téhéran à adopter une position moins inflexible et à négocier avec Washington. Une manière de confirmer l’intention du président américain de rencontrer Xi Jinping à la mi-mai en Chine.
L’Europe dans un monde qui change
Très préoccupé — intéressante symétrie des contraires — est apparu l’ineffable secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Celui-ci sera ce matin, 8 avril 2026, à Washington, où il a rendez-vous avec Marco Rubio ainsi qu’avec le ministre de la Défense Pete Hegseth, et où il rencontrera bien sûr aussi le président versatile, qui, dans un passé récent, a à plusieurs reprises laissé planer la menace d’un retrait américain de l’Alliance atlantique.
Trump attend beaucoup de lui et a déclaré qu’il s’agit d’un type formidable, d’un homme de génie. À son égard, Trump n’a en effet pas été avare d’éloges ces derniers jours. Il attend sans doute de lui qu’il maintienne la même ligne de docilité qui lui a permis de se faire remarquer lorsqu’il a, en quelque sorte au détriment du gouvernement danois, «négocié» toute une série de concessions militaires au Groenland. Et il n’a probablement pas tort.
Rutte semble convaincu qu’il doit jouer un rôle personnel de plus en plus actif pour tenter de dépasser les critiques suscitées par la brutalité du président américain à l’égard des États européens, dont certains redécouvrent, au prix de nombreuses erreurs et de difficultés évidentes, la nécessité de retrouver leur souveraineté. Or lui — malgré les airs qu’il se donne et les moyens considérables que l’OTAN administre — n’est en définitive qu’un fonctionnaire.
Dans ce contexte, le pas en arrière de Trump face au piège du détroit d’Ormuz, ainsi que la trêve qu’Israël ne peut qu’accepter dans son affrontement avec l’Iran, constituent une occasion politico-diplomatique offerte aux peuples européens. Une occasion sur laquelle, dès aujourd’hui, nous devrions réfléchir sérieusement et attentivement — et, si nous en sommes capables, ne pas laisser passer.
(première publication: ultima edizione.eu, 8 avril 2026)
