Paolo Borioni

L’accord, difficilement conclu, qui donne vie au gouvernement Frederiksen III a été signé par quatre partis. Deux d’entre eux sont centristes, mais les deux autres, appartiennent à l’histoire socialiste: le Parti social-démocrate, qui dispose de la majorité relative, et les Socialistes populaires, qui sont sortis considérablement renforcés des élections. Le gouvernement aura toutefois également besoin du soutien extérieur d’une liste post-communiste (elle aussi en forte progression) ainsi que des écologistes, qui ont tout juste dépassé le seuil des 2 %. La social-démocratie a perdu environ 5 points, un recul qui s’explique aussi par un mécontentement à son égard, à la fois dans l’opinion publique et dans le monde syndical. La tâche ne sera pas facile dans un contexte de fragmentation croissante qui caractérise la démocratie danoise.

Cependant, un signal important semble se dégager : le gouvernement cherchera à renforcer le syndicat confédéral, dans l’autonomie et la symétrie traditionnelles des parties qui caractérisent les relations professionnelles nordiques. Ces derniers temps, en effet, dans ce système, les syndicats « jaunes » (notamment KriFa, d’inspiration chrétienne, et Det Faglige Hus) se sont fortement implantés parmi les travailleurs danois. Dans un système où environ 70 % des salariés sont encore syndiqués, le syndicat confédéral historique ne représente désormais qu’un peu plus de 50 % d’entre eux. Il regroupe un vaste réseau de représentants syndicaux de base et quelques 80 syndicats de branche et de métier, qui était autrefois appelé LO, comme dans les autres pays scandinaves.Aujourd’hui, après plusieurs fusions qui ont en partie atténué son caractère socialiste et de classe, il est désigné sous le nom de FH (« Organisation centrale du syndicat »), mais il est toujours capable de faire entendre sa voix et son influence financière auprès des partis issus du mouvement ouvrier.

Il est donc significatif que le gouvernement qui s’apprête à diriger le pays décide que seuls les travailleurs affiliés au syndicat confédéral FH puissent bénéficier d’une déduction fiscale de leur cotisation syndicale. Cela s’explique par le fait que les syndicats « jaunes » se livrent à une concurrence sur les prix, car ils fournissent essentiellement des services individualisés, sans se préoccuper de maintenir une présence sur les lieux de travail et sans pouvoir, par conséquent, prétendre représenter de manière crédible l’ensemble des travailleurs dans les accords nationaux comme dans les accords locaux.

Les syndicats « jaunes » peuvent également pratiquer des tarifs plus bas parce qu’ils ne disposent pas de caisses de résistance, un instrument essentiel de l’égalité entre les classes dans le modèle nordique (et qu’il faudrait d’urgence également construire dans les pays européens). Cela révèle d’autant plus leur identité de pseudo-syndicats non conflictuels.

Parmi les propositions figure en effet également celle des post-communistes, qui envisagent une intervention législative assez atypique dans les systèmes nordiques afin de définir qui relève du syndicalisme et qui doit être plutôt considéré comme une association d’un autre type.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un hasard si les syndicats « jaunes » recrutent surtout leurs adhérents aux deux extrémités du marché du travail : d’une part au sommet (c’est-à-dire parmi des professionnels convaincus de pouvoir se passer de conventions collectives couvrant l’ensemble des travailleurs dans une logique de solidarité) et, d’autre part, à la base (par exemple dans certains secteurs comme les services hôteliers, peu couverts par des accords nationaux et caractérisés par une grande mobilité, ce qui empêche le développement d’une identité de classe stable ou, du moins, d’une identité professionnelle).

KriFa et Det Faglige Hus ont commencé à croître à partir des réformes du gouvernement « bourgeois » de 2002, qui leur ont permis de créer des caisses d’assurance chômage syndicales (typiques du système nordique de Gand), y compris interprofessionnelles, bien qu’ils ne cherchent pas à conclure des accords nationaux ni à représenter le travail sur l’ensemble du territoire.

Avec le projet de réforme actuel, le gouvernement qui vient d’être constitué cherche à rééquilibrer la situation. Cette orientation répond à des raisons politiques (ne pas anéantir complètement le lien, toujours existant, entre FH et la social-démocratie) et idéologiques (les syndicats « jaunes » ne portent pas une conception dans laquelle compromis et conflit seraient complémentaires ; ils défendent plutôt une logique de services individuels dans une société fragmentée mais considérée, de manière contradictoire et instrumentale, comme harmonieuse).

Mais cette décision répond également à des raisons de préservation d’un système qui, malgré ses reculs, fonctionne encore mieux que les autres. Renforcer ceux qui cherchent à limiter la capacité du capital à être compétitif grâce à une exploitation intensive du travail.

Cette orientation sert aussi à marquer la sortie d’une législature ouvertement centriste qui a produit des dégâts, avant tout sur le plan électoral. L’évolution et le résultat de la difficile négociation ayant conduit à la formation du gouvernement danois confirment surtout une chose : le centrisme inspiré par Macron (et également tenté par Renzi ainsi que par d’autres imitateurs successifs) ne fonctionne même pas dans un système parlementaire proportionnel.

Son idée d’une simplification qui exclut des dynamiques réelles, en ces temps de recul socio-économique, ne fonctionne même pas dans la meilleure économie européenne. C’est-à-dire pas même au Danemark. Pourtant, c’était bien le projet de l’ancien Premier ministre libéral Løkke Rasmussen, qui, lors de la précédente législature, avait amené les sociaux-démocrates et les libéraux-agrariens de Venstre à collaborer avec son parti, les Moderaterne, dans un exécutif à la fois majoritaire et centriste. Autrement dit, en laissant de côté aussi bien la droite national-populiste que la gauche socialiste.

Aujourd’hui, même si le programme et la trajectoire du nouveau gouvernement de Copenhague restent remplis d’inconnues, Løkke Rasmussen devra accepter ce qu’il avait avoué être l’un de ses cauchemars : une coalition minoritaire soutenue par la volonté « du comité central d’Enhedslisten », la liste post-communiste dirigée par Pelle Dragsted. Au sein du gouvernement, il devra travailler avec des ministres issus des Socialistes du peuple, des Radicaux-démocrates, des sociaux-démocrates et, bien entendu, des Moderaterne. Il devra également obtenir le soutien des écologistes d’Alternativet.

Le gouvernement sera encore dirigé par Mette Frederiksen, même si les sociaux-démocrates sont sortis affaiblis des élections, comme les trois partis qui avaient participé à l’expérience centriste précédente, passant de 27 % à 22 % des voix.

Cependant, dans un contexte d’extrême fragmentation (douze partis représentés au Parlement), les sociaux-démocrates restent deux fois plus importants que n’importe quel autre parti et, de ce fait, ils sont indispensables à presque toutes les coalitions envisageables. En quelques années, le projet qui avait conduit Løkke Rasmussen à fonder son parti — obtenir 10 % des voix afin de contraindre les libéraux-agrariens et les sociaux-démocrates à former des gouvernements indépendants de toute influence des extrêmes — s’est finalement retourné contre lui-même.

Aucune manœuvre de négociation, durant les plus de deux mois de consultations exploratoires accordées par le monarque Frederik X (d’abord à Frederiksen, puis au libéral-agrarien Troels Lund Poulsen), n’a pu remédier à une réalité simple : une gauche socialiste et post-communiste renforcée, et des partis national-populistes (trois au Parlement, représentant environ 20 % des suffrages au total) qui non seulement seraient indispensables à la formation de tout gouvernement bourgeois, mais qui, dans le cas du Dansk Folkeparti, posent même un veto à la simple présence des Moderaterne. Ainsi, ces derniers ont dû renier la raison même de leur création.

À vrai dire, les coups de massue électoraux subis par les sociaux-démocrates avant même les récentes élections législatives avaient conduit le parti à revenir vers des orientations favorables à une collaboration avec les post-communistes et les Socialistes du peuple. Cela a commencé par une campagne électorale placée sous le signe de l’égalité, avec notamment une proposition d’impôt sur le patrimoine qui, même si elle ne sera pas mise en œuvre de manière systématique, n’a certainement pas disparu sans laisser de traces.

Au moment de présenter le programme en cours d’élaboration, Mette Frederiksen a d’ailleurs répondu sans détour à une question insistante et précise de la presse (« mais avec ce gouvernement deviendrons-nous une société plus égalitaire ? ») : « Ja » (« Oui »).

La question la plus intéressante est alors la suivante : que cache cette affirmation en termes d’éléments importants, ambigus et contradictoires ?

Disons d’emblée que, naturellement, les Moderaterne ne pouvaient pas ne pas obtenir certains éléments programmatiques leur permettant de résister aux critiques des libéraux, des conservateurs et des national-populistes dans l’opposition (où ils se retrouvent également parce que, contrairement à l’Italie et à la France, la droite danoise est composée de six partis fragmentés et moins susceptibles que la gauche de former des coalitions).

Par exemple, les impôts sur les entreprises diminueront de 3 %, soit davantage que ce que proposait la droite, même si les entreprises du secteur financier — que l’on peut qualifier, par euphémisme, de secteur à faible intensité de main-d’œuvre — ne bénéficieront pas de cette réduction.

La logique néolibérale a également été largement acceptée sur un point: en échange d’une baisse des impôts sur certains revenus du travail (notamment ceux compris entre 641 200 et 777 900 couronnes danoises, correspondant aux catégories les plus dirigeantes et spécialisées), ces catégories se sont engagées à offrir davantage de travail.

Pour les revenus les plus élevés, en revanche, un compromis a été trouvé : une augmentation sensible de la taxation supplémentaire, mais avec la suppression, au-delà de 2 818 152 couronnes danoises, d’une contribution additionnelle qui existait auparavant.

Malgré tout cela, les partis issus du mouvement ouvrier ont obtenu rien de moins que des signes significatifs de reprise du chemin universaliste dans l’État-providence (c’est-à-dire le principe de services accessibles à tous et financés exclusivement par les recettes d’impôts progressifs). Il s’agit notamment de l’instauration immédiate de soins dentaires gratuits pour les retraités percevant la pension minimale et pour d’autres catégories défavorisées, avec toutefois le projet de les rendre gratuits pour tous dans un délai de dix ans. Une avancée qui a particulièrement réjoui le dirigeant des post-communistes.

Une autre ouverture universaliste, certes encore limitée, concerne la gratuité des transports publics pour tous les jeunes jusqu’à l’âge de 22 ans. Cette mesure laisse entrevoir, à plus long terme, deux objectifs qui, s’ils étaient réalisés, seraient véritablement historiques :

  1. faire du transport public un service universel, au même titre que l’école ou la santé ;
  2. rendre les transports collectifs publics gratuits, ce qui pourrait constituer l’un des moyens les plus rapides de réduire les émissions nocives et de planifier une transformation économique et industrielle du secteur automobile.

Cela tient également à la présence, au sein de la majorité, de forces écologistes beaucoup plus radicales : l’écosocialisme des Socialistes du peuple (SF), qui participent au gouvernement, et l’écologisme libertaire d’Alternativet, qui apporte son soutien extérieur.

C’est aussi ce qui explique l’annonce selon laquelle la réglementation concernant l’industrie agroalimentaire danoise, historiquement très puissante, sera accélérée et renforcée. Cela concerne notamment les conditions déplorables d’élevage des quinze millions de porcs produits chaque année, mais aussi l’utilisation de substances chimiques nocives pour les cours d’eau, les fjords et les zones côtières.

L’organisation du secteur agro-industriel s’est immédiatement mobilisée (ce n’est pas un hasard si elle l’a fait dans le quotidien jutlandais Jyllands-Posten), affirmant fermement que le soi-disant « accord vert tripartite », conclu en 2024 avec sa signature, devait désormais être considéré comme caduc. Voilà donc immédiatement un premier front ouvert pour le gouvernement Frederiksen III.

Revenons à l’état providence. Une autre manière dont les sociaux-démocrates avaient préparé depuis longtemps leur sortie du centrisme autodestructeur de la précédente législature, consiste à dire que l’âge de départ à la retraite ne peut pas continuer à augmenter indéfiniment.

Il s’agit évidemment d’un principe qui risque de susciter de fortes réactions, et sur lequel les affrontements pourront également avoir lieu au sein même du gouvernement avec les Moderaterne et les Radicaux-démocrates. Il implique aussi de renouer un accord avec le syndicat confédéral, véritable promoteur de cette idée et, plus largement, de l’action contre les inégalités.

Quoi qu’il en soit, l’accord de gouvernement a renforcé ce qui avait été défini dès 2018 comme la « pension Arne », ainsi appelée en référence à la personne et au nom réel d’un ouvrier qui a effectivement existé et qui était particulièrement usé après des décennies de travail dans le nettoyage des viscères de porcs. En somme, les personnes travaillant dans des secteurs particulièrement pénibles pourront, comme Arne, partir à la retraite plus tôt que d’autres, avec de meilleures garanties de revenus.

La volonté de regagner la confiance du monde syndical (qui, dans les pays nordiques, parvient encore assez efficacement à influencer le soutien populaire et les financements) se manifeste également dans le rétablissement d’un jour férié, le « Grand Jour de la prière », une fête luthérienne instituée en 1686 et supprimée par l’ancien gouvernement centriste sans même consulter ni le syndicat (en violation du modèle nordique de négociation) ni l’Église du peuple, largement majoritaire (ce qui avait même soulevé des questions d’ordre théologique et constitutionnel).

D’ailleurs, c’est précisément contre cette décision que la confédération FH s’était mobilisée, en menant une action active sur les lieux de travail afin de rappeler l’existence du mouvement ouvrier dans la société, même si celui-ci était exceptionnellement exclu des procédures de négociation.

Voilà, au passage, une autre différence qualitative par rapport aux syndicats « jaunes », presque entièrement centrés sur l’offre de services individuels à bas prix et dépourvus d’une identité de « mouvement populaire » au sens large et historique.

En résumé, on peut parler d’un compromis entre, d’une part, des incitations néolibérales favorisant l’offre de travail et la demande de main-d’œuvre (des arguments qui, même s’ils ne sont pas entièrement fondés, restent néanmoins puissants dans une économie caractérisée par un taux d’emploi extrêmement élevé, un faible chômage et une politique migratoire très stricte) et, d’autre part, des mesures destinées à obtenir de la manière la plus visible possible une réduction immédiate des inégalités (qui constituent également, comme on le verra, des facteurs de soutien à la demande intérieure).

Dans ce dernier ensemble figurent les 1 000 couronnes danoises supplémentaires par mois accordées aux retraités percevant une pension sociale minimale, mais surtout l’augmentation des droits de succession, notamment le doublement de la taxation sur les héritages immobiliers dépassant 10 millions de couronnes danoises (un seuil qui n’est pas particulièrement élevé compte tenu des valeurs extravagantes du marché immobilier de Copenhague).

S’y ajoutent l’abaissement du plafond des déductions fiscales sur les intérêts à payer (qui touche davantage les achats les plus coûteux et donc les endettements les plus importants), ainsi que le rapprochement de la fiscalité appliquée aux hauts revenus issus d’actions avec celle appliquée aux hauts revenus d’une autre nature.

L’une des contributions majeures à la réduction immédiate des inégalités sera le retour à l’un des principes fondamentaux du mouvement ouvrier : la lutte contre les impôts indirects, en particulier ceux qui frappent la consommation alimentaire.

Afin de lutter contre la hausse des prix, les taxes sur les fruits et légumes seront ainsi supprimées (ce qui, dans la gastronomie nordique, pourra également avoir des effets positifs sur la santé moyenne des catégories les plus modestes), tandis que celles qui concernent les autres produits alimentaires seront réduites de moitié.

Plusieurs commissions seront finalement chargées de travailler sur d’autres questions de ce type qui, selon le langage politique nordique désabusé, sont ainsi « mises en saumure » : en partie pour éviter que l’accumulation des tensions ne retarde davantage encore la naissance déjà problématique de l’exécutif, car il s’agit effectivement de questions difficiles.

Parmi elles figure la taxation des plus-values réalisées lors des reventes immobilières, qui devrait (du moins selon la gauche) permettre de trouver de nouvelles sources de recettes fiscales et de les choisir de manière plus équitable, mais aussi freiner l’augmentation des prix de l’immobilier qui, au moins dans les grandes villes, produit des effets de distorsion à la fois sur la plus injustifiée des inégalités matérielles et sur l’égalité des chances.

En ce sens, cette question pose également des problèmes d’efficacité économique: en effet, s’il est vrai que Copenhague et Århus en particulier (comme Stockholm et Göteborg en Suède) attirent souvent les meilleurs étudiants et les travailleurs les plus qualifiés, l’impossibilité matérielle d’accéder au logement freine probablement déjà la formation optimale et l’attraction des compétences, et donc la croissance même des économies nordiques.

En conclusion, quelques réflexions. Tout d’abord, il pourrait découler de ce nouvel axe politique et programmatique, qui ouvre indéniablement des fronts de dépenses supplémentaires ou de moindres recettes fiscales dans de nombreux domaines, une tendance moins obsessionnelle aux excédents budgétaires ainsi qu’aux excédents de la balance des paiements.

Ce serait une excellente nouvelle, mais rien n’est moins certain. Quoi qu’il en soit, cette hypothèse peut être avancée en raison du fait que les experts parlent d’une réduction du « cadre financier » (det finansielle råderum), c’est-à-dire d’un mode de calcul qui vise précisément à maintenir des excédents en couvrant toutes les dépenses et en préservant suffisamment la sécurité du système de protection sociale existant, mais sans que les ajustements budgétaires couvrent entièrement l’impact démographique sur ce même système de protection sociale, selon les critères nordiques de forte démarchandisation et d’universalisme.

Cela concerne notamment le vieillissement de la population et l’augmentation des coûts technologiques liés aux soins, à la psychiatrie, mais aussi les besoins d’une formation prolongée des jeunes générations, ainsi que les institutions d’accueil de la petite enfance capables de soutenir la présence toujours plus indispensable des parents sur le marché du travail et d’encourager une hausse de la natalité.

Par ailleurs, la déclaration explicite de Frederiksen et de son gouvernement en faveur d’une réduction des inégalités est encore trop rare pour ne pas mériter l’attention. Pourrait-on imaginer, en Italie ou dans la plus grande partie de l’Europe, un programme électoral et gouvernemental aussi explicitement centré sur cet objectif ?

Le fait est que l’histoire nordique (mais aussi, par comparaison avec le reste du monde, celle de l’Europe occidentale) montre qu’une forte égalité — entendue au moins comme une élimination ou une limitation importante de l’exploitation — demeure un facteur impossible à contourner pour assurer une compétition efficace et un fonctionnement sociopolitique plus vertueux.

D’un autre côté, les contradictions de la social-démocratie actuelle (mais peut-être plus largement de la social-démocratie en tant que version particulière du socialisme démocratique) n’ont pas disparu avec la nouvelle phase programmatique et communicationnelle de Mette Frederiksen.

Cela tient au fait que les capacités de mieux réussir dans la compétition, précisément sur la base d’un niveau d’égalité historiquement acquis, ne sont pas ensuite transformées en un programme international et internationaliste.

Bien au contraire, la tendance à une croissance déséquilibrée fondée sur les exportations, inscrite rigidement dans les règles de l’Union européenne, réduit la possibilité pour d’autres pays de se rapprocher de ce type de modèle social.

Elle érode de l’intérieur le seul modèle européen qui ne soit pas régressif et donc acceptable, notamment du point de vue d’une culture socialiste.

C’est pourquoi, malgré de fréquents malentendus (et même des manipulations), il est totalement erroné de considérer qu’il existe une coïncidence entre internationalisme et européisme.

Plus encore : toute croissance tirée par les exportations finit fatalement par reproduire une érosion de l’égalité, y compris dans les pays nordiques eux-mêmes. Ainsi, le choix actuel et explicite de Frederiksen en faveur de l’égalité est une bonne nouvelle, mais il ne doit malheureusement pas susciter un enthousiasme excessif.

  • Note : Des versions différentes de cette analyse ont été publiées en italien dans d’autres médias.