Interview réalisée par Maurizio Donini
Madame l’ambassadrice McCullough, l’Irlande assume la présidence du Conseil de l’Union européenne à un moment particulièrement complexe. Quelle est la vision politique qui guidera le semestre irlandais et quelles seront les principales priorités de votre programme ?
Durant notre présidence, nous voulons nous concentrer sur l’obtention d’améliorations concrètes pour les citoyens de toute l’Union européenne. Nous donnons donc la priorité à trois grands piliers thématiques : la compétitivité, les valeurs et la sécurité. Ces piliers sont étroitement interconnectés et se renforcent mutuellement ; ils guideront tous les aspects de notre travail au cours de notre présidence.
À travers notre programme consacré à la compétitivité, nous espérons contribuer à renforcer le marché unique, à éliminer les obstacles au commerce intérieur, à soutenir les entreprises européennes et les PME dans leur expansion à travers le continent et à améliorer leur accès aux financements qui leur permettront de se développer.
À travers l’attention que nous portons aux valeurs, nous garantirons le respect des droits fondamentaux et nous nous concentrerons sur ceux qui ont le plus besoin de protection.
Dans le domaine de la sécurité, nous savons qu’aucun pays, agissant seul, ne peut faire face à lui seul à l’ensemble des défis de sécurité, qu’ils soient existants ou émergents. La présidence irlandaise contribuera activement au développement continu de la sécurité et de la défense de l’UE, car une Union plus coordonnée réduit sa vulnérabilité aux chocs, qu’ils soient énergétiques, économiques, technologiques ou géopolitiques.
La présidence irlandaise inaugure un nouveau trio de présidences. Quels objectifs à long terme vous êtes-vous fixés avec les partenaires du trio et quelle empreinte l’Irlande souhaite-t-elle laisser au cours des dix-huit prochains mois ?
Nous avons travaillé avec nos partenaires du trio de présidences, la Lituanie et la Grèce, afin d’élaborer un programme du trio qui garantira une approche cohérente des travaux du Conseil au cours des dix-huit prochains mois. Des côtes atlantiques de l’Irlande, à travers la région baltique de la Lituanie, jusqu’à la porte de la Méditerranée que représente la Grèce, ce trio de présidences reflète la force et l’âme du projet européen : des histoires, des expériences et des points de vue différents, unis dans la diversité et rassemblés autour d’une responsabilité partagée et d’un objectif commun. Nous nous concentrerons sur trois piliers thématiques : une Europe libre et démocratique ; une Europe forte et sûre ; et une Europe prospère et compétitive.
Durant notre présidence, l’Irlande accordera une priorité particulière aux négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel : à la mise en œuvre de la feuille de route « One Europe, One Market », qui vise à simplifier les règles, à promouvoir un commerce dynamique, à traiter la question des prix de l’énergie et de la décarbonation et à promouvoir la transformation numérique et l’intelligence artificielle ; au soutien aux droits fondamentaux ; et à la contribution au développement continu de la sécurité et de la défense de l’UE.
La compétitivité, l’innovation et la transition numérique sont au cœur du débat européen. Quelles initiatives concrètes la présidence irlandaise entend-elle promouvoir pour renforcer la capacité de l’Union à être compétitive à l’échelle mondiale ?
Nous pensons pouvoir faire la différence en améliorant la compétitivité économique de l’Union européenne grâce à la mise en œuvre de la feuille de route « One Europe, One Market ». Nous sommes convaincus de pouvoir réaliser des avancées importantes au cours de notre présidence.
La feuille de route vise à progresser sur 42 propositions, qui constituent les cinq piliers stratégiques de la compétitivité : (i) la simplification des règles ; (ii) la création d’un marché unique plus intégré, notamment grâce à la suppression des obstacles au marché intérieur ; (iii) la promotion d’un commerce dynamique ; (iv) la réduction des prix de l’énergie et la décarbonation ; et (v) la promotion de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle. Tout cela nous a fourni un programme de travail clair pour les mois à venir.
La feuille de route vise à faire adopter 20 de ces propositions d’ici à la fin de 2026, tandis que, pour beaucoup d’autres, nous devrons accomplir des progrès substantiels afin de pouvoir les transmettre à nos collègues lituaniens à la fin de notre présidence.
Nous avons fait de la réalisation de ces objectifs un résultat clé de notre présidence et nous continuerons à donner la priorité aux négociations sur ces dossiers. Naturellement, nous compterons sur l’engagement des États membres, du Parlement et de la Commission européens pour atteindre ces objectifs ambitieux que nous avons fixés ensemble.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la guerre en Ukraine et les défis posés à la sécurité européenne, quel rôle l’Union doit-elle, selon vous, assumer et quelles seront les priorités de la présidence irlandaise en matière de politique étrangère ?
Le contexte de la sécurité internationale a radicalement changé au cours de la dernière décennie et la nécessité d’adopter des mesures visant à renforcer la sécurité européenne et à consolider notre résilience n’a jamais été aussi évidente.
Le partenariat restera au cœur de notre approche de la sécurité et de la défense, et la coopération avec nos partenaires les plus proches reflète une approche concrète pour relever les défis communs en matière de sécurité. Dans un contexte de sécurité de plus en plus disputé, une action structurée entre l’UE, l’OTAN et leurs partenaires, ainsi que la coopération continue avec l’ONU et l’OSCE, sont essentielles pour renforcer l’interopérabilité, la résilience et la protection des intérêts communs.
Maintenir le soutien politique, militaire et financier à l’Ukraine, imposer de sévères sanctions à la Russie et poursuivre le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE seront des priorités de la présidence irlandaise. Le principe fondamental selon lequel les frontières ne peuvent être modifiées par la force doit être respecté. Nous favoriserons également une implication active en faveur d’une paix et d’une sécurité durables au Moyen-Orient, notamment dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens, en réaffirmant l’engagement de l’UE en faveur de la solution à deux États. Nous soutiendrons également les efforts de l’UE en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité au Liban et en Syrie, ainsi que dans le conflit dans le Golfe, qui a eu des répercussions importantes aux niveaux régional et mondial.
La présidence irlandaise accordera également la priorité à la lutte contre les menaces hybrides, notamment en mettant l’accent sur la préparation et le renforcement de la résilience de l’UE face aux activités hybrides. Nous travaillerons à renforcer les réponses de l’UE aux cybermenaces.
L’élargissement aux pays candidats progresse parallèlement au débat sur les réformes institutionnelles de l’Union. Pensez-vous que ces deux processus doivent avancer ensemble ?
Nous considérons le processus d’élargissement comme une expression fondamentale de nos valeurs, mais aussi comme un investissement dans la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité de notre continent. Nous estimons que nos concitoyens européens des pays candidats peuvent bénéficier des avantages liés à la citoyenneté européenne et que l’Union dans son ensemble sera renforcée par les contributions que les nouveaux États membres pourront apporter.
Nous nous efforcerons notamment de mener à bien les négociations d’adhésion avec le Monténégro, nous chercherons à accomplir des progrès substantiels dans les négociations avec l’Albanie et nous poursuivrons les négociations avec l’Ukraine et la Moldavie.
Au cours des années, j’ai eu le privilège d’interviewer l’ancienne Médiatrice européenne Emily O’Reilly, qui a toujours souligné que la protection des droits des citoyens et la transparence des institutions étaient des conditions indispensables pour renforcer la confiance dans l’Union européenne. L’Irlande possède une tradition bien établie d’attention aux libertés civiles, à l’État de droit et à la bonne gouvernance. De quelle manière cette culture pourra-t-elle inspirer l’action de la présidence irlandaise et contribuer à renforcer les relations entre l’Europe et ses citoyens ?
Effectivement, en tant que pays profondément attaché au multilatéralisme, il s’agit d’un domaine particulièrement important pour l’Irlande.
Nous sommes déterminés à respecter les principes sur lesquels repose l’Union européenne, notamment la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit et le respect des droits humains et de la dignité. Nous travaillerons à promouvoir ces principes dans l’ensemble de l’UE et dans les pays candidats, en accordant une attention particulière au renforcement de la résilience des démocraties européennes. Nous soulignerons également l’importance du rôle mondial de l’UE, de sa contribution aux Nations unies et de son soutien au multilatéralisme, et nous œuvrerons pour que l’Union utilise sa voix et son influence afin de défendre et de soutenir un ordre multilatéral fondé sur des règles.
L’Italie et l’Irlande entretiennent de solides relations politiques, économiques et culturelles. Quels sont aujourd’hui les domaines dans lesquels vous voyez les plus grandes possibilités de coopération entre les deux pays, notamment à la lumière des priorités du semestre européen ?
Comme vous l’avez souligné, l’Irlande et l’Italie entretiennent des liens chaleureux et anciens. Nous coopérons étroitement au sein de l’UE et partageons des valeurs et des positions sur de nombreuses questions. En ce qui concerne la compétitivité, par exemple, nous sommes déterminés à exploiter pleinement le potentiel du marché unique et nous travaillerons en étroite collaboration avec l’Italie et d’autres partenaires de l’UE sur ce dossier. Nous pensons pouvoir faire une différence concrète en améliorant la compétitivité de l’UE grâce à la mise en œuvre de la feuille de route « One Europe, One Market ». Parmi les principales priorités communes dans ce contexte figurent l’élimination des obstacles au commerce intérieur, le soutien aux entreprises européennes et aux PME dans leur expansion et l’amélioration de l’accès aux financements qui permettront aux entreprises de se développer.
La simplification des règles de l’UE constitue également une priorité commune à l’Irlande et à l’Italie. Nous la considérons comme une composante essentielle des efforts visant à renforcer la compétitivité de l’UE et à réduire les coûts administratifs, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, tout en maintenant des objectifs ambitieux en matière de protection de l’environnement et d’autres normes.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs de Futuro Europa sur la signification de la présidence irlandaise et sur l’avenir du projet européen ?
Bien que la présidence de l’UE puisse sembler assez technique aux yeux de nombreux citoyens, elle représente en réalité une occasion pour l’Irlande, en collaboration avec les autres États membres, de contribuer à définir l’agenda européen pendant six mois : en réunissant les pays, en présidant les discussions, en favorisant la conclusion d’accords et en faisant progresser des dossiers importants pour les citoyens de toute l’Europe.
Nous serons guidés par un ancien proverbe irlandais, « Ní neart go cur le chéile », qui signifie « l’union fait la force ». Dans le monde fragmenté d’aujourd’hui, les citoyens sont confrontés à de nombreux défis qu’aucun pays ne peut résoudre seul. Nous devons agir ensemble, dans l’intérêt de tous.
Première publication: https://www.futuro-europa.it
