Les paradoxes de la présidence irlandaise de l’Union européenne

Philippe Ward Le diagnostic de la perte de vitesse de l’Europe est posé depuis plusieurs années, mais, en ce début d’été 2026, l’agenda bureaucratique de Bruxelles se confond avec l’urgence géopolitique. En assumant la présidence du Conseil de l’UE, l’Irlande hérite d’un programme chargé : plus de 400 événements officiels sont prévus sur l’Emerald Isle pour orchestrer des négociations multiples allant du budget pluriannuel aux relations commerciales avec Pékin. Si la présidence exige la posture d’un intermédiaire impartial, capable de mettre sous éteignoir ses ambitions nationales pour forger des consensus à 27, ce semestre européen agit inévitablement comme un projecteur braqué sur les paradoxes structurels de la République d’Irlande. État affichant l’un des PIB par habitant les plus élevés du bloc, mais souffrant de sous-investissements publics notoires, l’Irlande aborde ce mandat à un moment où son modèle économique est lui-même en question. ...

17 juillet 2026 · 5 min · Philippe Ward
Le gouvernement Frederiksen III.

Le nouveau gouvernement danois : une possible rupture avec le centrisme et l’ordolibéralisme

Paolo Borioni L’accord, difficilement conclu, qui donne vie au gouvernement Frederiksen III a été signé par quatre partis. Deux d’entre eux sont centristes, mais les deux autres, appartiennent à l’histoire socialiste: le Parti social-démocrate, qui dispose de la majorité relative, et les Socialistes populaires, qui sont sortis considérablement renforcés des élections. Le gouvernement aura toutefois également besoin du soutien extérieur d’une liste post-communiste (elle aussi en forte progression) ainsi que des écologistes, qui ont tout juste dépassé le seuil des 2 %. La social-démocratie a perdu environ 5 points, un recul qui s’explique aussi par un mécontentement à son égard, à la fois dans l’opinion publique et dans le monde syndical. La tâche ne sera pas facile dans un contexte de fragmentation croissante qui caractérise la démocratie danoise. ...

11 juillet 2026 · 16 min · Paolo Borioni
Photo de famille des participants à la Communauté politique européenne

Autonomie stratégique européenne : la méthode Monnet-Carney en action

Philippe Ward Le diagnostic est posé depuis près de deux ans. Pourtant, le constat s’impose avec une sévérité croissante en cet été 2026 : les propositions phares du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité et l’autonomie de l’UE ne sont que très partiellement mises en œuvre. Si l’analyse était lucide et les propositions structurelles excellentes, la réalisation politique et administrative s’est avérée être le véritable angle mort de cette initiative. L’Europe sait ce qu’elle doit faire, mais elle ne sait comment y arriver dans un cadre institutionnel fragmenté. ...

6 juillet 2026 · 6 min · Philippe Ward

UK: le Premier ministre est mort, vive le Premier ministre !

Corradino Mineo Le Premier ministre est mort, vive le Premier ministre ! Le Royaume-Uni mettra deux mois à remplacer Starmer, qui a démissionné, par Andy Burnham, 56 ans, longtemps maire du Grand Manchester, « homme du Nord » et donc redouté par la City, mais aussi homme politique ayant collaboré avec trois dirigeants travaillistes bien différents : Tony Blair, Gordon Brown et Jeremy Corbyn, soupçonné d’être un beau parleur mais de rester un «caméléon». Mais la crise est plus profonde encore, provoquée par l’orgueil démesuré qui a conduit, il y a dix ans, à la rupture avec l’Union européenne, par la multiplication des mouvements racistes et par l’incertitude de la politique étrangère. ...

25 juin 2026 · 5 min · Corradino Mineo
Melina Mercouri devant l'Acropole à Athènes

1985: Melina Mercouri et la naissance des "Capitales européennes de la Culture"

Chloé Maurel En juin 1985, les ministres de la Culture des dix États membres de la Communauté économique européenne adoptent à Athènes une initiative inédite destinée à rapprocher les peuples du continent par le biais des arts et du patrimoine. Ce programme, baptisé à l’origine « Ville européenne de la Culture », est porté avec détermination par une personnalité hors du commun : la chanteuse, actrice et ministre grecque de la Culture Melina Mercouri. Quarante ans plus tard, les « Capitales européennes de la Culture »sont devenues l’un des projets culturels les plus emblématiques de l’Union européenne. Plus de 60 villes ont déjà obtenu ce label, qui a profondément transformé des métropoles historiques comme Athènes, Florence ou Paris, mais aussi des villes industrielles en crise telles que Glasgow, Lille ou Liverpool. Derrière ce succès se dessine cependant une double réalité : d’un côté, la démocratisation culturelle et la revitalisation urbaine ; de l’autre, des phénomènes de spéculation immobilière, de tourisme massif et parfois de marginalisation sociale. Que révèle l’histoire des Capitales européennes dela Culture sur les tensions permanentes entre idéal culturel européen et logique économique ? En quoi ce dispositif contribue-t-il à renforcer le projet européen ? ...

23 juin 2026 · 8 min · Chloé Maurel
File de camions à Calais

Après le Brexit : les lendemains qui déchantent. Le Royaume-Uni à la recherche d’un nouvel élan

Philippe Ward Dix ans après le référendum de 2016 et plus de cinq ans après sa sortie du marché unique, le Royaume-Uni ne ressemble ni à la Global Britain promise par les zélateurs du Brexit, ni au champ de ruines prédit par ses opposants les plus radicaux. En ce mois d’avril 2026, l’heure est à une normalisation laborieuse : un réalignement pragmatique mais difficile avec le bloc européen, sur fond de ralentissement économique et de fragmentation politique. ...

22 juin 2026 · 6 min · Philippe Ward

Les résultats du dernier Conseil européen. Entretien avec Pier-Virgilio Dastoli

Quel jugement portez vous après la réunion du dernier Conseil européen informel, la défaite d’Orbán et le changement de gouvernement en Bulgarie ? Les équilibres politiques ont-ils changé ? Les équilibres ont seulement changé en partie. Nous devons voir quelles priorités politiques Magyar, le nouveau Premier ministre hongrois, va mettre en œuvre. Et je tiens d’ailleurs à rappeler que, jusqu’à il y a deux ans, il faisait partie du même parti qu’Orbán. Certaines choses se sont débloquées, comme le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, puisque le veto d’Orbán a disparu. Il y a cependant d’autres questions sur lesquelles il faut comprendre quelle sera la ligne du nouveau gouvernement. D’ailleurs, Orbán n’a pas participé au dernier Conseil européen, alors que Magyar n’était pas encore officiellement nommé : la Hongrie n’était donc pas représentée, tandis que pour la Bulgarie, ce sont encore les sortants qui étaient présents, en attendant la formation du nouveau gouvernement. ...

25 mai 2026 · 9 min · Pier Virgilio Dastoli

L'Europe et le pétrole : l'Arctique en danger ?

Giuseppe Sacco Avec une désinvolture inhabituelle, le Financial Times a publié en première page un article fondé non sur des informations vérifiées, comme c’est pourtant la tradition du quotidien londonien, mais sur la base de rumeurs, d’indiscrétions et de fuites provenant de Bruxelles et d’Oslo, mais qui ont certainement été lues avec grand intérêt à Berlin. Selon des sources communautaires, ou du moins proches de celles-ci, les dirigeants de l’Union européenne envisageraient sérieusement la possibilité de renier davantage - après d’autres décisions, comme par exemple le report de la date à partir de laquelle il ne sera plus possible de commercialiser des voitures à moteur thermique - l’un des principaux éléments qui caractérisent la vision actuelle du monde, de ses problèmes et des défis politiques telle qu’elle s’est construite au cours des cinquante dernières années : la sensibilité environnementale. Dans le cadre d’un véritable tournant, ils évalueraient ainsi l’intérêt et l’opportunité d’abandonner leur opposition à l’exploitation pétrolière de la zone arctique. ...

27 avril 2026 · 7 min · Giuseppe Sacco

Adhérer ou ne pas adhérer ? La Roumanie, l’euro et la recette bulgare

Ioan-Victor Popa Novembre 2025 : les élections présidentielles et législatives en Roumanie surprennent l’Europe. La percée de l’extrême droite aux législatives et l’accession au second tour des présidentielles (finalement annulées par la Cour constitutionnelle roumaine) d’un personnage assez obscur, aux idées farfelues, ont marqué une rupture profonde et brusque avec un paysage politique surtout caractérisé par la stabilité. Le statu quo défini par l’alliance entre le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti national libéral (PNL) a subi alors un choc inattendu, d’autant plus que le candidat social-démocrate, Marcel Ciolacu, n’est pas arrivé au deuxième tour, une première dans l’histoire du parti. Le Parlement devient assez morcelé, l’ancienne alliance entre le PSD et le PNL ayant besoin de chercher de nouveaux alliés. ...

26 avril 2026 · 8 min · Ioan-Victor Popa

La défaite d’Orbán : une rupture géopolitique majeure

Eric Djabiev La défaite de Viktor Orbán revêt une dimension géopolitique évidente. Depuis seize ans, il avait installé en Hongrie un modèle pour l’extrême droite européenne et américaine. Donald Trump lui-même s’en était inspiré. Ce modèle, qualifié de “démocratie illibérale”, évoluait progressivement vers une forme de régime autoritaire. Sa chute constitue donc aussi une nouvelle défaite symbolique pour Trump. Le régime d’Orbán était devenu profondément impopulaire. Cette impopularité est particulièrement forte chez les moins de 30 ans : 65 % d’entre eux ont voté pour le parti Tiza de l’opposition, et seulement 15% pour Orbán. Il y a une coupure de génération forte: les jeunes souffrent d’un chômage structurel et l‘émigration pour chercher un emploi est forte. D’autres facteurs convergents expliquent la défaite prévisible d’Orbán. Dès les années 2010, celui-ci affichait clairement son ambition de transformer la Hongrie. Comme le soulignait Steve Bannon, idéologue de la mouvance MAGA, c’était « un Trump avant Trump ». La première étape de cette transformation fut le contrôle des médias : aujourd’hui, près de 85 % des médias hongrois sont sous influence gouvernementale. Après les médias publics, les rares organes privés indépendants ont été progressivement ciblés. La jeunesse a pu utiliser une contre information grâce à internet. La justice a perdu toute indépendance. C’est la cible principale des gouvernements d’extrême droite avec la presse. ...

13 avril 2026 · 4 min · Eric Djabiev

Où en est la Roumanie, un an après l’élection de Nicușor Dan ?

À la mi-mars, la Roumanie a signé, avec l’Autriche, la Croatie, la Grèce, l’Italie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, demandant une révision urgente des échéances fixées par le plan de transition énergétique. Ce sujet, en apparence très technique, réunit un groupe d’États aux intérêts particuliers : certains affichent une hostilité manifeste envers les institutions européennes dans leur configuration actuelle (le cas extrême étant celui d’Orbán, qui fonde sa campagne électorale sur des vidéos générées par intelligence artificielle où l’UE et l’Ukraine sont présentées comme des ennemis publics) ; d’autres ont des intérêts économiques directs, liés à la nature de leur consommation ou à des projets d’infrastructure, fortement incompatibles avec les échéances adoptées au niveau européen. ...

5 avril 2026 · 4 min · Raluca Alexandrescu

L'Espagne sauve l’honneur de l’Europe

Eric Djabiev Le monde entier découvre aujourd’hui Pedro Sánchez, le leader socialiste espagnol qui dirige une coalition d’union de la gauche. Son « non à la guerre » en Iran résonne comme un signal retentissant d’alerte face au danger mortel qui menace le système de sécurité collective mis en place en 1945. L’ONU, dont le vrai nom est « Organisation des Nations unies contre le fascisme » devait empêcher toute nouvelle guerre. ...

21 mars 2026 · 5 min · Eric Djabiev