[{"content":"Comme on pouvait s’y attendre, à peine une heure avant l’échéance fixée par Donald Trump pour «déchaîner l’Enfer», les États-Unis ont annoncé une nouvelle trêve avec l’Iran. Un événement facile à prévoir, compte tenu de la conjoncture internationale dans laquelle une position tout à fait déterminante est occupée par un président-bouffon, dont la véritable vocation est celle d’un spéculateur capable de tirer un profit personnel des brusques évolutions boursières. Des évolutions, elles aussi faciles à anticiper, puisqu’il peut lui-même les provoquer en vertu du rôle politique auquel les Américains l’ont imprudemment élu.\nLe classique coup de trompette entendu à droite vers 6h30, heure de Washington — le déblocage provisoire du détroit d’Ormuz — est en effet venu in extremis du ministre des Affaires étrangères iranien Araghchi, par un message publié sur X (anciennement Twitter),mettant fin à une situation qui avait poussé le prix du baril de pétrole à environ 115 dollars. À quoi, sur la gauche, a répondu le coup de trompette sur Truth Social par lequel Trump a chanté victoire : «à la suite de l’accord de la République islamique d’Iran pour l’ouverture complète, immédiate et sécurisée du détroit d’Ormuz, je déclare accepter de suspendre pour une période de deux semaines.»\nComme prévu, les acteurs concernés ont ainsi pu procéder à l’achat, aux nouveaux prix — environ 17% de moins —, des hydrocarbures précédemment vendus à découvert au moment de la tension militaire maximale et des cours les plus élevés. Des opérations analogues ont été possibles sur les marchés actions, où la hausse a été tout aussi marquée. L’indice japonais Nikkei 225 a ainsi immédiatement enregistré un bond de 4,38 %, tandis que le Kospi sud-coréen s’est envolé avec une progression de 5,71 %.\nDes sous, oui. le Nobel, non\nCette fois, Donald Trump n’a en revanche pas pu se vanter d’avoir trouvé une solution à une nouvelle guerre, qui, selon ses propres calculs, aurait été la neuvième depuis le début de son second mandat. Le mérite en a été attribué au Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont les «efforts infatigables» pour servir de médiateur en vue d’uncessez-le-feu ont été largement salués, ainsi que pour obtenir de l’Iran l’engagement d’interrompre ses activités défensives dès que cesserait l’agression israélo-américaine.\nUne autre occasion donc manquée de revendiquer le prix Nobel de la paix. En contrepartie, Trump a déclaré à une agence de presse que les États-Unis avaient, en cette occasion, remporté une «victoire totale et complète à 100%». D’autant plus que le pays en soutien duquel les États-Unis sont intervenus dans cette guerre, Israël, a annoncé dans les premières heures de mercredi soutenir la décision du président américain et donc suspendre les attaques «sauvages» contre l’Iran qui avaient caractérisé son action durant les semaines de guerre.\nÀ ce propos, les autorités iraniennes ont répondu en tournant en dérision les prétentions trumpiennes de victoire militaire. Tandis que d’autres sources, plus discrètes, soulignent que les deux semaines de trêve qui viennent d’être annoncées sont également dans l’intérêt immédiat de Tel Aviv, qui, ces derniers temps, avait donné des signes étonnamment explicites de se trouver en situation de surmenage stratégique (overstretching).\nLa guerre «style Gaza» au Liban\nTel Aviv, de son côté, a tenu à préciser que la trêve obtenue par les États-Unis et l’Iran ne s’applique pas àla guerre parallèle menée «sur le modèle de Gaza» au Liban, laquelle se poursuivra sans interruption. Et, dans une perspective plus générale et de plus long terme, Israël soutiendra l’effort des États-Unis, explicitement formulé ces derniers jours par Donald Trump, visant à créer une situation « dans laquelle l’Iran ne représentera plus jamais une menace — qu’elle soit nucléaire, balistique ou terroriste — pour l’Amérique, pour Israël, pour les pays arabes voisins du Golfe, et pour le monde entier».\nDans l’atmosphère de célébration et de victoire affichée par Trump mercredi matin, il n’est cependant pas clair ce qu’il adviendra de la question de l’uranium enrichi, qui constituait l’objectif principal de cette guerre et qui demeure solidement enfoui en Iran, selon les déclarations mêmes de Trump, comme l’a également montré à plusieurs reprises l’attitude de Tel Aviv. À ce sujet, Trump a affirmé que la question serait «parfaitement réglée — sinon, je n’aurais pas accepté !».\nÀ la surprise générale, Trump —répondant à certaines questions sur un éventuel rôle de Chine dans l’accord conclu in extremis — s’est également dit convaincu que la Chine avait joué un rôle décisif dans le processus diplomatique : que Pékin avait encouragé Téhéran à adopter une position moins inflexible et à négocier avec Washington. Une manière de confirmer l’intention du président américain de rencontrer Xi Jinping à la mi-mai en Chine.\nL’Europe dans un monde qui change\nTrès préoccupé — intéressante symétrie des contraires — est apparu l’ineffable secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Celui-ci sera ce matin, 8 avril 2026, à Washington, où il a rendez-vous avec Marco Rubio ainsi qu’avec le ministre de la Défense Pete Hegseth, et où il rencontrera bien sûr aussi le président versatile, qui, dans un passé récent, a à plusieurs reprises laissé planer la menace d’un retrait américain de l’Alliance atlantique.\nTrump attend beaucoup de lui et a déclaré qu’il s’agit d’un type formidable, d’un homme de génie. À son égard, Trump n’a en effet pas été avare d’éloges ces derniers jours. Il attend sans doute de lui qu’il maintienne la même ligne de docilité qui lui a permis de se faire remarquer lorsqu’il a, en quelque sorte au détriment du gouvernement danois, «négocié» toute une série de concessions militaires au Groenland. Et il n’a probablement pas tort.\nRutte semble convaincu qu’il doit jouer un rôle personnel de plus en plus actif pour tenter de dépasser les critiques suscitées par la brutalité du président américain à l’égard des États européens, dont certains redécouvrent, au prix de nombreuses erreurs et de difficultés évidentes, la nécessité de retrouver leur souveraineté. Or lui —malgré les airs qu’il se donne et les moyens considérables que l’OTAN administre — n’est en définitive qu’un fonctionnaire.\nDans ce contexte, le pas en arrière de Trump face au piège du détroit d’Ormuz, ainsi que la trêve qu’Israël ne peut qu’accepter dans son affrontement avec l’Iran, constituent une occasion politico-diplomatique offerte aux peuples européens. Une occasion sur laquelle, dès aujourd’hui, nous devrions réfléchir sérieusement et attentivement — et, si nous en sommes capables, ne pas laisser passer.\nGiuseppe Sacco\n(première publication: ultima edizione.eu, 8 avril 2026)\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-04-15-un-pas-en-arri%C3%A8re-avant-le-pi%C3%A8ge/","summary":"\u003cp\u003eComme on pouvait s’y attendre, à peine une heure avant l’échéance fixée par Donald Trump pour «déchaîner l’Enfer», les États-Unis ont annoncé une nouvelle trêve avec l’Iran. Un événement facile à prévoir, compte tenu de la conjoncture internationale dans laquelle une position tout à fait déterminante est occupée par un président-bouffon, dont la véritable vocation est celle d’un spéculateur capable de tirer un profit personnel des brusques évolutions boursières. Des évolutions, elles aussi faciles à anticiper, puisqu’il peut lui-même les provoquer en vertu du rôle politique auquel les Américains l’ont imprudemment élu.\u003c/p\u003e","title":"Un pas en arrière avant le piège"},{"content":"La défaite de Viktor Orbán revêt une dimension géopolitique évidente. Depuis seize ans, il avait installé en Hongrie un modèle pour l’extrême droite européenne et américaine. Donald Trump lui-même s’en était inspiré. Ce modèle, qualifié de “démocratie illibérale”, évoluait progressivement vers une forme de régime autoritaire. Sa chute constitue donc aussi une nouvelle défaite symbolique pour Trump. Le régime d’Orbán était devenu profondément impopulaire. Cette impopularité est particulièrement forte chez les moins de 30 ans : 65 % d’entre eux ont voté pour le parti Tiza de l’opposition, et seulement 15% pour Orbán. Il y a une coupure de génération forte: les jeunes souffrent d’un chômage structurel et l‘émigration pour chercher un emploi est forte. D’autres facteurs convergents expliquent la défaite prévisible d’Orbán. Dès les années 2010, celui-ci affichait clairement son ambition de transformer la Hongrie. Comme le soulignait Steve Bannon, idéologue de la mouvance MAGA, c’était « un Trump avant Trump ». La première étape de cette transformation fut le contrôle des médias : aujourd’hui, près de 85 % des médias hongrois sont sous influence gouvernementale. Après les médias publics, les rares organes privés indépendants ont été progressivement ciblés. La jeunesse a pu utiliser une contre information grâce à internet. La justice a perdu toute indépendance. C’est la cible principale des gouvernements d’extrême droite avec la presse.\nLa mémoire nationale reste marquée par les événements tragiques de la Révolution hongroise de 1956, notamment les massacres de civils à Budapest par l’armée soviétique. Le sentiment anti-russe n’a cependant pas pu s’exprimer pendant 16 ans du fait de la répression et du contrôle médiatique. Le modèle autoritaire inspiré du tandem Vladimir Poutine – Alexandre Loukachenko suscitait cependant une forte répulsion. Le chef de l‘opposition Peter Magyar a fait campagne, en dénonçant la très grande proximité d’Orbán avec Poutine. Aujourd’hui, les Hongrois qui célèbrent la victoire à Budapest crient “dehors les Russes”.\nÀ cela s’ajoute une dégradation économique notable et un sentiment de déclassement. La Pologne et la Tchéquie ont dépassé la Hongrie, dont le modèle économique est en crise : fondé sur une industrie traditionnelle (chimie, automobile thermique), il a montré ses limites au début des années 2020. La baisse des investissements - liée notamment au gel de fonds européens (la Hongrie n’a bénéficié que de 800 millions du plan «NextGeneration EU ») et au ralentissement de l’Allemagne - a fragilisé la croissance. L’inflation reste élevée et le pouvoir d’achat est en recul. Dans ce contexte, les préoccupations économiques ont supplanté les enjeux idéologiques. Les mesures budgétaires prises à la veille des élections, souvent non financées, ont accentué les déséquilibres. Un troisième facteur déterminant réside dans la corruption. La Hongrie est aujourd’hui désignée par l’Ong Transpancy Investigation comme le pays le plus corrompu de l’Union européenne. Le système mis en place autour du pouvoir repose sur des logiques de clan, comparables au modèle russe. Le clan Orbán autour de 13 personnes concentre 25 % du PIB du pays. Le détournement de fonds européens en constitue un moteur central. Cette situation est de plus en plus rejetée par la population et alimente le discours de l’opposition, notamment incarnée par son chef, Péter Magyar, ancien membre du parti au pouvoir, le Fidesz. Enfin, la politique étrangère d’Orbán, longtemps considérée comme un atout, est devenue un handicap. Son rapprochement avec la Russie, et son alignement sur Vladimir Poutine, ont suscité une méfiance croissante. Historiquement, les Hongrois ne sont pas russophiles. La dépendance énergétique, notamment via les hydrocarbures russes, est mal vécue, d’autant que ses bénéfices pour la population restent limités. Le soutien affiché en pleine campagne de figures américaines, comme le vice-président J. D. Vance, a également été perçu comme une ingérence étrangère. De même, la venue de Marine Le Pen pour soutenir Orbán souligne l’importance symbolique de la Hongrie comme modèle pour l’extrême droite.\nLa défaite d’Orbán dépasse donc le cadre national. Elle marque un recul significatif pour les mouvements ultraconservateurs en Europe et aux États-Unis, dont la Hongrie constituait jusqu’ici un laboratoire politique. Eric Djabiev\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-04-12-la-d%C3%A9faite-dorb%C3%A1n-une-rupture-g%C3%A9opolitique-majeure/","summary":"\u003cp\u003eLa défaite de Viktor Orbán revêt une dimension géopolitique évidente. Depuis seize ans, il avait installé en Hongrie un modèle pour l’extrême droite européenne et américaine. Donald Trump lui-même s’en était inspiré. Ce modèle, qualifié de “démocratie illibérale”, évoluait progressivement vers une forme de régime autoritaire. Sa chute constitue donc aussi une nouvelle défaite symbolique pour Trump.  \u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eLe régime d’Orbán était devenu profondément impopulaire. Cette impopularité est particulièrement forte chez les moins de 30 ans : 65 % d’entre eux ont voté pour le parti Tiza de l’opposition, et seulement 15% pour Orbán. Il y a une coupure de génération forte: les jeunes souffrent d’un chômage structurel et l‘émigration pour chercher un emploi est forte. D’autres facteurs convergents expliquent la défaite prévisible d’Orbán. Dès les années 2010, celui-ci affichait clairement son ambition de transformer la Hongrie. Comme le soulignait Steve Bannon, idéologue de la mouvance MAGA, c’était « un Trump avant Trump ». La première étape de cette transformation fut le contrôle des médias : aujourd’hui, près de 85 % des médias hongrois sont sous influence gouvernementale. Après les médias publics, les rares organes privés indépendants ont été progressivement ciblés. La jeunesse a pu utiliser une contre information grâce à  internet. La justice a perdu toute indépendance. C’est la cible principale des gouvernements d’extrême droite avec la presse.\u003c/p\u003e","title":"La défaite d’Orbán : une rupture géopolitique majeure  "},{"content":"La chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, a marqué un tournant dans l’histoire récente de la Syrie, ouvrant une phase caractérisée par une profonde incertitude mais aussi par des changements potentiels. Dans ce nouveau contexte, Abu Mohammad al-Julani, aujourd’hui connu sous le nom d’Ahmed al-Sharaa, s’est imposé comme une figure centrale dans le processus de transition du pays. Son parcours témoigne d’une évolution importante, non seulement sur le plan personnel, mais aussi pour la dynamique politique syrienne plus large, marquée par le passage d’une approche insurrectionnelle à une structure de gouvernance encore en cours de définition. Comprendre le rôle actuel d’al-Sharaa nécessite donc de retracer le chemin qu’il a emprunté pour consolider son pouvoir durant la guerre en Syrie. Dans ce processus, al-Sharaa n’a pas seulement renforcé son autorité, mais il a également transformé progressivement la nature de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), l’organisation qu’il dirige.\nÀ partir de 2017, HTS est devenu le groupe armé le plus important dans la partie nord-ouest de la Syrie. Cette formation a pris le contrôle d’une grande partie de la province d’Idlib et de certaines zones avoisinantes. Initialement, HTS regroupait plusieurs factions islamistes. Au fil du temps, cependant, il est parvenu à renforcer sa position grâce à sa supériorité opérationnelle et à sa capacité à coordonner efficacement ses actions. Sa présence sur le territoire s’est appuyée sur un équilibre entre l’usage de la force et la gestion administrative. Cela lui a permis non seulement de maintenir son pouvoir, mais aussi de gouverner efficacement les zones sous son contrôle, créant ainsi les conditions politiques et opérationnelles de l’ascension d’al-Julani.\nLa figure d’al-Sharaa s’inscrit dans le cadre du jihadisme contemporain. Après avoir rejoint l’insurrection jihadiste en Irak en 2003, il retourne en Syrie en 2011 et crée l’année suivante Jabhat al-Nusra, un groupe armé fondamental dans la lutte contre le régime. Initialement lié à al-Qaïda et inscrit dans une perspective de jihadisme transnational, son parcours est également marqué par la confrontation avec l’État islamique, avec lequel il entre rapidement en concurrence pour le contrôle des réseaux et des combattants en Syrie. Toutefois, en 2016, al-Julani rompt formellement ses liens avec al-Qaïda et entame une réorganisation d’al-Nusra qui aboutit, en 2017, à la création de HTS. Ce choix marque un tournant crucial, car il permet au groupe de modifier progressivement son rôle et de devenir un acteur local, en se détachant officiellement de l’idéologie jihadiste globale.\nAu cours des années suivantes, HTS a changé de stratégie sous la direction de son leader, en orientant son objectif vers une perspective plus locale, à travers le contrôle et la gestion des territoires sous sa domination. Cette évolution s’est accompagnée d’une centralisation croissante du pouvoir et d’une marginalisation des composantes les plus radicales au sein de l’organisation. Parallèlement, le groupe a commencé à développer des structures administratives et institutionnelles, en s’occupant de la sécurité, de la résolution des conflits et de la fourniture de certains services publics. En ce sens, la légitimité de HTS a commencé à reposer principalement sur sa capacité à maintenir l’ordre et la stabilité dans un contexte de guerre civile.\nLa consolidation de ce modèle dans le nord-ouest de la Syrie a constitué le point de départ de l’affirmation politique ultérieure d’al-Julani. L’affaiblissement progressif du régime d\u0026rsquo;Assad, aggravé par la baisse du soutien russe et iranien et par l’évolution des équilibres régionaux, a ouvert un espace que les forces rebelles ont su rapidement exploiter. En novembre 2024, ces dynamiques ont conduit à une offensive qui a entraîné la chute de Damas et la fin du régime d’Assad, surprenant les observateurs et les acteurs internationaux par la rapidité avec laquelle elle s’est réalisée. Dans ce nouveau contexte, le rôle d’al-Julani devient encore plus central, car sa trajectoire reflète un changement non seulement politique, mais aussi idéologique et stratégique. Si dans les premières phases du conflit, son discours était fortement ancré dans la construction d’un État islamique et dans une vision jihadiste, il a progressivement adopté, au fil des années, un langage davantage orienté vers le pragmatisme politique et la dimension nationale. Ce changement se manifeste à la fois dans sa rhétorique publique, centrée sur l’unité nationale et la reconstruction, et dans la construction de son image comme acteur politique attentif à la stabilisation du pays et au dialogue avec d’autres acteurs.\nToutefois, la phase qui suit la chute du régime met clairement en évidence certaines limites et contradictions de cette évolution. La Syrie sous la direction d’Ahmed al-Sharaa apparaît comme un système fragile, caractérisé par un contrôle territorial incomplet et par une transition politique qui demeure, à ce jour, profondément incertaine et inachevée. En particulier, la difficulté à reconstruire une autorité étatique pleinement légitime et fonctionnelle continue de représenter l’un des principaux obstacles à la stabilisation du pays.\nDans le nord et le nord-est de la Syrie, à la suite du vide de pouvoir laissé par la chute du régime, des affrontements ont eu lieu entre l’Armée nationale syrienne, principalement soutenue par la Turquie, et les forces kurdes, causant des milliers de victimes et plus de cent mille déplacés. En effet, l’une des questions les plus délicates pour le nouveau gouvernement concerne l’intégration des Syrian Democratic Forces (SDF), une coalition à majorité kurde, dans les structures de l’État. Les SDF contrôlent de vastes zones du nord-est du pays et disposent de leurs propres forces militaires ainsi que de structures administratives autonomes. Leur intégration n’est donc pas seulement une question militaire, mais implique une redéfinition des équilibres de pouvoir internes et du degré d’autonomie des régions à majorité kurde. À cet égard, l’accord signé en mars 2025 entre le gouvernement et les SDF a représenté un potentiel tournant pour intégrer les structures militaires et civiles des SDF dans les institutions étatiques syriennes, en garantissant constitutionnellement les droits de tous les groupes. Malgré des résultats partiels, la mise en œuvre de cet accord s’est révélée fragile et incomplète.\nÀ ces difficultés s’ajoute la question plus large liée à la reconstruction de l’appareil militaire et sécuritaire. Le gouvernement doit intégrer une pluralité de groupes armés, dont beaucoup n’ont pas encore été incorporés dans les forces étatiques. La diffusion massive d’armes au sein de la population et la présence de milices autonomes rendent cette transformation plus complexe. Par conséquent, le désarmement des forces kurdes représente une priorité politique et stratégique, notamment à la lumière de la pression exercée par la Turquie. Il ne s’agit donc pas seulement de réorganiser formellement les structures existantes, mais de gérer une transition militaire dans un pays encore fragmenté et militarisé. En outre, la menace de l’État islamique demeure significative, le groupe maintenant une présence active, notamment dans l’est du pays, à travers des attaques terroristes et en exploitant la fragmentation du territoire. L’absence de consolidation de ce processus continue ainsi d’alimenter les tensions et d’entraver la stabilisation de la Syrie.\nParallèlement, des tensions sectaires persistent et remettent en question la capacité du gouvernement à garantir la sécurité et la protection des minorités. Malgré les promesses d’éviter des représailles contre la communauté alaouite, une vague de violences en mars 2025 a causé la mort de centaines de civils, dans certains cas attribués à des groupes intégrés à l’appareil sécuritaire de l’État. Dans le même temps, dans le sud de la Syrie, les tensions entre les communautés druzes et les tribus bédouines ont donné lieu à des affrontements particulièrement violents, alimentant des accusations à l’encontre du gouvernement central et renforçant la perception d’une gestion sélective de la sécurité.\nSur le plan politique et institutionnel également, des éléments d’ambiguïté apparaissent. Malgré une rhétorique officielle évoquant le pluralisme et l’ouverture, le bilan du gouvernement d’al-Sharaa semble actuellement discontinu. Un exemple significatif est celui de la gestion de la question kurde. Le gouvernement intérimaire a pris le contrôle militaire d’une grande partie du nord-est du pays, marquant de fait un redimensionnement du projet autonomiste du Rojava (région kurde). Parallèlement, al-Sharaa a promu certaines ouvertures symboliques envers la population kurde, notamment la reconnaissance de la langue kurde, l’introduction de Newroz comme fête nationale et la promesse d’inclure des éléments de la culture kurde dans les programmes scolaires. Toutefois, cette ouverture semble se limiter au plan culturel. Sur les plans politique et économique, le gouvernement ne paraît pas disposé à céder le contrôle des principales ressources du nord-est ni à reconnaître des formes d’autonomie locale, maintenant une ligne orientée vers une forte centralisation du pouvoir. Cette orientation reflète une tendance plus large du nouvel ordre politique syrien qui, tout en affirmant vouloir construire un État représentatif de la diversité du pays, continue d’être perçu par de nombreuses communautés minoritaires comme peu inclusif et insuffisamment protecteur. Les élections parlementaires d’octobre 2025 ont été marquées par une présence limitée de femmes et de minorités, tandis que la nouvelle constitution provisoire soulève des interrogations quant au risque d’une forte centralisation du pouvoir en l’absence de garanties suffisantes pour les droits civils et politiques.\nSur le plan économique et international, la situation reste tout aussi complexe. La suspension partielle des sanctions américaines en 2025 et les premiers signes d’ouverture de la part de certains acteurs régionaux n’ont pas suffi à relancer l’économie, encore fortement affaiblie par des années de conflit. L’instabilité persistante, la faiblesse des institutions et les difficultés de reconstruction continuent de peser lourdement sur les conditions de vie de la population, entravant également le retour des réfugiés, qui ne s’effectue que de manière limitée. Le rôle des acteurs extérieurs contribue en outre à redéfinir les équilibres de la transition. Les États-Unis ont adopté une approche plus pragmatique à l’égard du nouveau gouvernement, en phase avec les positions de certains acteurs régionaux comme l’Arabie saoudite et le Qatar. La position d’Israël apparaît, quant à elle, plus nuancée. D’une part, il a continué à étendre son contrôle dans le sud du pays à travers des opérations militaires visant à limiter les capacités du nouveau gouvernement. D’autre part, les évolutions récentes ont également favorisé des formes de coordination indirecte visant à rétablir l’accord de 1974, avec l’appui des Nations unies, dans l’objectif de parvenir à un accord de sécurité régionale plus large.\nEn conclusion, la transformation d’al-Sharaa met en lumière une question centrale : s’agit-il d’un véritable processus de déradicalisation ou d’une adaptation stratégique visant la survie politique ? L’abandon progressif de la dimension jihadiste transnationale et l’attention portée à la gouvernance suggèrent une évolution significative. Dans le même temps, la persistance du recours à la force et la centralisation du pouvoir rappellent des éléments de continuité avec le passé. Sur le plan idéologique également, des signaux contradictoires émergent : bien que le groupe n’ait jamais totalement renoncé à une vision critique de la démocratie, le nouveau discours politique insiste sur des notions telles que la représentation, les élections et la construction institutionnelle. En ce sens, al-Sharaa apparaît comme une figure hybride, capable de combiner pragmatisme politique et contrôle autoritaire. L’avenir de la Syrie dépendra de la capacité du nouvel ordre à traduire cet équilibre en un processus d’institutionnalisation stable. À court terme, la priorité reste la stabilisation économique, dans un contexte où la majorité de la population vit dans des conditions de grande précarité et où la survie quotidienne prime sur les dynamiques politiques. À moyen terme, le défi sera de construire un système réellement inclusif, capable d’intégrer non seulement les différentes composantes ethniques et religieuses, mais aussi des catégories sociales profondément marquées par le conflit. Enfin, à long terme, l’enjeu concerne la « justice transitionnelle » et la réconciliation nationale, c’est-à-dire la capacité à réparer les fractures produites par des décennies de répression et des années de guerre. Seule une gestion efficace de ces trois dimensions pourra permettre de dépasser la phase insurrectionnelle et de construire un système politique véritablement inclusif.\nValentina Cannito\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-04-07-la-syrie-post-assad-sous-la-direction-dabu-mohammad-al-julani-entre-instabilit%C3%A9-et-reconstruction/","summary":"\u003cp\u003eLa chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, a marqué un tournant dans l’histoire récente de la Syrie, ouvrant une phase caractérisée par une profonde incertitude mais aussi par des changements potentiels. Dans ce nouveau contexte, Abu Mohammad al-Julani, aujourd’hui connu sous le nom d’Ahmed al-Sharaa, s’est imposé comme une figure centrale dans le processus de transition du pays. Son parcours témoigne d’une évolution importante, non seulement sur le plan personnel, mais aussi pour la dynamique politique syrienne plus large, marquée par le passage d’une approche insurrectionnelle à une structure de gouvernance encore en cours de définition. Comprendre le rôle actuel d’al-Sharaa nécessite donc de retracer le chemin qu’il a emprunté pour consolider son pouvoir durant la guerre en Syrie. Dans ce processus, al-Sharaa n’a pas seulement renforcé son autorité, mais il a également transformé progressivement la nature de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), l’organisation qu’il dirige.\u003c/p\u003e","title":"La Syrie post-Assad sous la direction d’al-Julani, entre instabilité et reconstruction"},{"content":"En 1990, les écologistes allemands affirment : «L’Amazonie doit être intouchable, car c’est la banque de réserve forestière de l’humanité». Toutefois, de nombreuses protestations s’élèvent contre la ratification de la convention.\nDe même qu’en 1947-48, l’ONU avait élaboré le projet de faire de Jérusalem une « ville internationale », un peu partout au fil des décennies, des voix se sont élevées pour réclamer une internationalisation de la forêt amazonienne, la plus large étendue de forêt primaire du monde. Certains considèrent en effet que la forêt amazonienne, source d’eau et d’oxygène, et réservoir exceptionnel de biodiversité, devrait appartenir à tous, comme bien public de l’humanité. Une idée que rappelle un peu le concept de la terre nourricière, la Pacha Mama, des peuples andins.\nLe juriste Christian Caubet rappelle que les presque 7 millions de km² de l’Amazonie constituent «le plus grand bassin hydrographique du monde. Ses 80.000 km de cours d’eau, souvent navigables, fournissent dans leur ensemble 20 % de toute l’eau douce disponible sur la terre. Ses richesses naturelles, qui sont loin d’être complètement répertoriées, comprennent d’abord les innombrables essences végétales de la plus grande forêt tropicale en zone humide de la planète. Les ressources minérales connues et économiquement exploitables sont très variées : fer, cuivre, manganèse, cassitérite, bauxite, nickel, kaolin, titane, vanadium, or, diamants, gypse, calcaire, sel-gemme».\nAu lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Unesco, l’agence de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture, a développé le projet de créer un Institut international de l’hylée (= forêt) amazonienne (IIHA), chargé d’internationaliser la recherche scientifique et agronomique portant sur l’Amazonie, en rassemblant des chercheurs de différents pays. Il s’agissait aussi pour l’Unesco de contribuer, par cette synergie internationale de scientifiques, à stimuler le développement économique de la région, dont les habitants restaient pour la plupart encore très pauvres.\nL’Unesco organisa des conférences en 1947 et 1948, en présence des pays de la région, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et des délégués de l’UNESCO, de l’OMS, de la FAO et d’organisations panaméricaines pour élaborer, par une convention, le statut de cet institut.\nMais, comme l’a observé Christian Caubet, à l’époque déjà, «au Brésil, de nombreuses protestations s’élèvent contre la ratification de la convention, qui aurait pour effet d’internationaliser l’Amazonie au détriment du pouvoir de décision souverain du Brésil».\nAinsi, finalement, le projet de l’Unesco n’aboutit pas, une première fois. Déjà, un siècle plus tôt, des projets en ce sens avaient éclos, mais pas toujours conçus dans un esprit progressiste. Par exemple, «au XIX siècle, l’hydrographe et météorologue Matthew Fontaine Maury, directeur de l’Observatoire naval de Washington, propose de régler la question raciale aux États-Unis en colonisant l’Amazonie pour y déplacer la population noire américaine!» écrit Renaud Lambert, dans son article « Main basse sur l’Amazonie », pour Le Monde Diplomatique.\nDans les années 1960, le Hudson Institute, think tank états-unien conservateur, élabore le projet «Grands lacs», ambitieuse tentative de développement global de l’Amazonie. Le projet prévoyait la création de sept lacs reliés entre eux par des canaux. « L’ensemble devait permettre la navigation de navires de 20.000 tonnes, pour l’exportation des ressources à exploiter dans la région. Le projet reçut une large publicité. Plusieurs réunions lui furent consacrées au Brésil, avec la participation de diverses autorités de rang ministériel. L’ampleur du projet, ses graves lacunes et la menace qu’il faisait peser sur la souveraineté brésilienne ne tardèrent pas à provoquer de vives critiques», écrit encore M. Caubet. Ainsi, le projet du Hudson Institute échoue lui aussi.\nConvoitises ou sauvegarde ?\nIl devient clair que l’implication des puissances étrangères est un frein à un projet mondial, notamment pour le Brésil, pays sur le territoire souverain duquel se trouve la majeure partie de la forêt primaire. Durant la décennie suivante donc, un autre projet est lancé, cette fois, par huit États de la région : Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Guyana, Pérou, Suriname et Venezuela. Appelé Traité de Coopération Amazonienne (TCA), ou «Pacte Amazonien», il est signé à Brasilia le 3 juillet 1978. Cet instrument multilatéral original de coopération pan-amazonienne entend «préserver les équilibres écologiques d’une région particulièrement vulnérable», et surtout affirmer la souveraineté des États parties prenantes sur les richesses de l’Amazonie, contre les convoitises des puissances étrangères.\nDans les années 1980, les premières préoccupations face aux conséquences de la déforestation et les premières campagnes d’ampleur mondiale menées par les peuples indigènes pour défendre leur écosystème menacé par les prédations économiques, ravivent une nouvelle fois le débat. En 1989, l’homme politique écologiste états-unien Al Gore affirmait : «au contraire de ce que les Brésiliens pensent, l’Amazonie n’est pas à eux, mais à nous tous». La même année, le président français Mitterrand déclarait : «le Brésil doit accepter une souveraineté relative sur l’Amazonie».\nChloé Maurel\nPremière parution : https://www.equaltimes.org/\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-04-05-doit-on-internationaliser-lamazonie/","summary":"\u003cp\u003eEn 1990, les écologistes allemands affirment : «L’Amazonie doit être intouchable, car c’est la\nbanque de réserve forestière de l’humanité». Toutefois, de nombreuses protestations s’élèvent contre la ratification de la convention.\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eDe même qu’en 1947-48, l’ONU avait élaboré le projet de faire de \u003ca href=\"https://www.monde-diplomatique.fr/1955/05/GARREAU/21419\"\u003eJérusalem une\n« ville internationale\u003c/a\u003e », un peu partout au fil des\ndécennies, des voix se sont élevées pour réclamer une internationalisation de\nla forêt amazonienne, la plus large étendue de forêt primaire du monde.\nCertains considèrent en effet que la forêt amazonienne, source d’eau et\nd’oxygène, et réservoir exceptionnel de biodiversité, devrait appartenir à\ntous, comme bien public de l’humanité. Une idée que rappelle un peu le concept\nde la terre nourricière, la \u003ca href=\"https://reporterre.net/La-Pachamama-rompt-avec-la\"\u003ePacha Mama\u003c/a\u003e,\ndes peuples andins.\u003c/p\u003e","title":"Internationaliser l'Amazonie? "},{"content":"À la mi-mars, la Roumanie a signé, avec l\u0026rsquo;Autriche, la Croatie, la Grèce, l\u0026rsquo;Italie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, demandant une révision urgente des échéances fixées par le plan de transition énergétique. Ce sujet, en apparence très technique, réunit un groupe d\u0026rsquo;États aux intérêts particuliers : certains affichent une hostilité manifeste envers les institutions européennes dans leur configuration actuelle (le cas extrême étant celui d\u0026rsquo;Orbán, qui fonde sa campagne électorale sur des vidéos générées par intelligence artificielle où l\u0026rsquo;UE et l\u0026rsquo;Ukraine sont présentées comme des ennemis publics) ; d\u0026rsquo;autres ont des intérêts économiques directs, liés à la nature de leur consommation ou à des projets d\u0026rsquo;infrastructure, fortement incompatibles avec les échéances adoptées au niveau européen.\nCeci intervient dans un contexte de guerre israélo-américaine contre l\u0026rsquo;Iran, qui engendre des déséquilibres structurels mondiaux dans l\u0026rsquo;approvisionnement en pétrole et en gaz et qui, selon plusieurs analyses européennes et roumaines, exigerait plutôt une stratégie de renforcement des énergies renouvelables en Europe. D\u0026rsquo;autre part, dans un contexte de guerre frontalière russo-ukrainienne qui dure depuis quatre ans, la Roumanie semble fonder toute sa stratégie de « souveraineté énergétique » sur le projet Neptun Deep, situé non loin de la ligne de front maritime.\nEn mars dernier, la Roumanie avait été invitée par la France à participer à l\u0026rsquo;initiative du parapluie nucléaire européen. L\u0026rsquo;administration présidentielle n\u0026rsquo;a toujours pas donné de réponse claire (après plusieurs jours de communication extrêmement évasive début mars). En revanche, la réponse à l\u0026rsquo;invitation de Donald Trump, le 19 février, à participer au Comité pour la paix fut bien plus rapide : une initiative qui ressemblait davantage à une opération pyramidale au profit personnel du président américain, lequel a de toute façon ignoré les structures de coopération internationale dont la Roumanie fait partie et où le président Dan s\u0026rsquo;est rendu en tant qu\u0026rsquo;« observateur ».\nLa semaine dernière, les autorités de Bucarest ont réservé un accueil plutôt chaleureux à Robert Fico, le sulfureux Premier ministre slovaque ultraconservateur, pro-Poutine et eurosceptique. L\u0026rsquo;invité de l\u0026rsquo;exécutif à Bucarest fait l\u0026rsquo;objet d\u0026rsquo;une enquête en lien avec la décision d\u0026rsquo;interrompre les livraisons d\u0026rsquo;électricité à l\u0026rsquo;Ukraine. La rhétorique pro-Kremlin (le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est gratifié par l’appellatif «ami») a été récompensée l’an dernier par une invitation au défilé du 9 mai à Moscou. Et depuis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, les réactionnaires poutiniens ont enfin l’occasion de concilier l’apparente dissonance cognitive de leur double proximité avec la Russie et les États-Unis. Le Premier ministre slovaque s’est donc mis, comme tout réactionnaire digne de ce nom, à cultiver avec assiduité les deux cercles. En janvier dernier, il a été invité à Mar-a-Lago, où il a assuré Trump qu’il n’était pas « un perroquet bruxellois ».\nLa visite de Fico s’inscrit toutefois dans la continuité de projets plus anciens, concrétisés par la présence roumaine en avril 2025, par l’intermédiaire du président par intérim Ilie Bolojan, à la Conférence des Trois Mers. Le contexte général dans la région témoigne d’un renforcement progressif du bloc eurosceptique d’Europe centrale, structuré autour de l’ancien groupe de Visegrád. Trente-cinq ans après sa création, le groupe semble fonder son unité politique sur un équilibre entre proximité avec le Kremlin et Washington.\nMême la Pologne, bastion pro-ukrainien jusque-là, s\u0026rsquo;aligne sur cette tendance après l\u0026rsquo;investiture du président Karol Nawrocki. Le 24 mars, après un discours virulent contre Vladimir Poutine, le président Nawrocki s\u0026rsquo;est rendu à Budapest pour apporter publiquement son soutien au Premier ministre Viktor Orbán, alors en pleine campagne électorale pour les élections du 12 avril. Les observateurs ont noté que la ligne eurosceptique prévaut dans les choix d\u0026rsquo;alliances stratégiques du président polonais. En République tchèque, les élections de l\u0026rsquo;automne 2025 ont également marqué un tournant vers la droite conservatrice eurosceptique. Le parti ANO du Premier ministre Andrej Babiš est allié au Fidesz, parti hongrois au pouvoir de Viktor Orbán, au sein de la coalition Patriots for Europe, regroupant des partis d\u0026rsquo;extrême droite. Il y a quelques jours, des manifestations ont eu lieu en République tchèque contre une loi encadrant le financement des ONG selon un modèle que ses opposants dénoncent comme étant d\u0026rsquo;inspiration russe.\nNicușor Dan a remporté l\u0026rsquo;élection présidentielle sur un programme « pro-européen », et dans le tumulte de la campagne électorale, il y a près d\u0026rsquo;un an, il n\u0026rsquo;y avait guère d\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;analyser en profondeur ce concept tel qu\u0026rsquo;il se dessine dans la vision du nouveau gouvernement. Onze mois plus tard, un bilan peut déjà être dressé, tant en matière de politique étrangère que concernant les grandes orientations de politique intérieure et économique présentées par le candidat à la présidence dans ses propositions. Ce qui se dessine indique plutôt la direction de « l’Europe des nations » : un euphémisme largement utilisé par un projet politique eurosceptique beaucoup plus ancien, mais initié par une coproduction américano-hongroise discutée en mars 2024 à Mar-a-Lago lors d’une visite de Viktor Orbán et intégrée au Projet 2025.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-04-04-o%C3%B9-en-est-la-roumanie-11-mois-apr%C3%A8s-l%C3%A9lection-de-nicu%C8%99or-dan/","summary":"\u003cp\u003eÀ la mi-mars, la Roumanie a signé, avec l\u0026rsquo;Autriche, la Croatie, la Grèce, l\u0026rsquo;Italie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, demandant une révision urgente des échéances fixées par le plan de transition énergétique. Ce sujet, en apparence très technique, réunit un groupe d\u0026rsquo;États aux intérêts particuliers : certains affichent une hostilité manifeste envers les institutions européennes dans leur configuration actuelle (le cas extrême étant celui d\u0026rsquo;Orbán, qui fonde sa campagne électorale sur des vidéos générées par intelligence artificielle où l\u0026rsquo;UE et l\u0026rsquo;Ukraine sont présentées comme des ennemis publics) ; d\u0026rsquo;autres ont des intérêts économiques directs, liés à la nature de leur consommation ou à des projets d\u0026rsquo;infrastructure, fortement incompatibles avec les échéances adoptées au niveau européen.\u003c/p\u003e","title":"Où en est la Roumanie, 11 mois après l’élection de Nicușor Dan ? "},{"content":"En mars 2023, la Conférence des Nations Unies sur l’eau a réuni de nombreux représentants des États-membres de l’ONU, d’ONG et d’entreprises, soit au total 10.000 personnes, à New York, et devant l’urgence de mieux assurer le droit des êtres humains à l’eau, a souhaité la nomination d’un « envoyé spécial de l’ONU pour l’eau », pour mieux faire respecter ce droit.\nCet impératif s’appuie sur la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU adoptée le 28 juillet 2010, qui reconnaît pour la première fois « le droit à l’eau potable et à l’assainissement sûrs et propres comme un droit de l’homme essentiel à la pleine jouissance de la vie et du droit à l’exercice de tous les droits de l’homme ».\nEn effet, l’eau, ressource présente naturellement sur Terre, n’est pas une marchandise comme une autre, d’autant plus qu’elle est d’importance vitale pour les humains, donc il apparaît justifié qu’elle soit considérée comme un bien public mondial, autrement dit un bien commun.\nÀ l’heure du réchauffement climatique, cette ressource vitale qu’est « l’or bleu » se révèle particulièrement cruciale. Quelques chiffres illustrent son caractère primordial, et mettent en évidence les conséquences dramatiques du manque d’eau :\n– 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’eau potable gérés de manière sûre, et sont contraintes de boire de l’eau contaminée.\n– Plus de la moitié de la population mondiale, soit 4,2 milliards de personnes, manquent de services d’assainissement gérés de manière sûre.\n– 297.000 enfants de moins de 5 ans meurent encore chaque année de maladies diarrhéiques causées par l’insalubrité de l’eau.\n– Près de 90 %, des catastrophes naturelles sont liées à l’eau (inondations, cyclones, tornades, sécheresses…)\n– 80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées dans l’environnement sans traitement.\nL’ONU prend la mesure de la situation actuelle, déplorable, comptabilisant que, au total, chaque année, plus de 842.000 personnes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire meurent à cause du manque d’eau. Les problèmes liés à l’eau sont accrus en outre par un gaspillage massif d’eau dans les pays du Nord.\nCorollairement, concernant cette fois l’eau de mer, la pollution affecte dramatiquement l’eau sur Terre : un « continent de plastique » flotte sur le Pacifique, et, au moins d’août 2023, le Japon a commencé à rejeter les eaux contaminées dues à la catastrophe de Fukushima dans la mer.\nÀ ces enjeux humains et environnementaux s’ajoute la menace de « guerres de l’eau ». L’eau est bel et bien aujourd’hui une redoutable arme, autant qu’un enjeu, dans les affrontements géopolitiques contemporains : en Ukraine la destruction du barrage de Kakhovka, début juin 2023, a provoqué de dramatiques inondations, ainsi que l’évacuation de plus de 8.000 habitants ; l’Égypte envisage « l’usage de la force, notamment aérienne, contre le grand barrage de la Renaissance que construit l’Éthiopie sur le cours du Nil bleu », l’Indus et le Brahmapoutre voient leurs eaux disputées entre la Chine, l’Inde et le Pakistan ; enfin, au Moyen-Orient, la Turquie lorgne le contrôle des grands fleuves de Mésopotamie.\nAu sein des États aussi, l’eau donne lieu à des conflits et tensions qui se soldent parfois par des affrontements violents, de la Colombie à l’Afrique du Sud, en passant par la France, où, le 25 mars 2023, plus de 200 personnes ont été blessés dans les affrontements avec les forces de l’ordre lors des manifestations contre l’implantation de « méga-bassines », destinées à l’agriculture, à Sainte-Soline.\nL’action de l’ONU\nCette résolution onusienne de 2010, qui affirme le droit à l’eau de tous les droits humains, est donc particulièrement importante. Ce texte chiffre ce droit à entre 50 et 100 litres d’eau par personne et par jour, pour un coût qui doit être abordable, soit inférieur à 3 % du revenu de la famille. Il précise aussi que chaque famille doit pouvoir trouver une source d’eau à moins d’un kilomètre de chez elle et le temps de collecte de cette eau ne doit pas dépasser 30 minutes.\nCinq ans plus tard, parmi les 17 « Objectifs de développement durable » (ODD) proclamés par l’ONU en 2015, l’objectif n°6 vise à garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et à assurer une gestion durable des ressources en eau. Mais ces proclamations ne resteront-elles pas lettre morte dans une réalité où l’ONU est dépourvue de force contraignante et de pouvoir de sanction ?\nMalgré son manque de force contraignante pour faire appliquer ses résolutions, l’ONU a néanmoins mené une action utile, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans la durée, l’institution ayant commencé ses travaux, il y a près de 80 ans. Historiquement, l’action de l’ONU et de ses agences sur la question de l’eau avait déjà commencé dans les années 1970, période de l’émergence des préoccupations écologistes et environnementales, avec la Conférence des Nations unies sur l’eau en 1977, suivie par la Conférence internationale sur l’eau et l’environnement, lancée en 1992, l’année du Sommet de la Terre à Rio.\nL’Unesco avait même été pionnière, lançant dès les années 1950 des programmes de recherche sur les « zones arides » et les « zones humides », puis créant la Commission océanographique internationale (COI) et lançant un Programme hydrologique international. En effet, son premier Directeur général, Julian Huxley (de 1946 à 1948) était un scientifique, très préoccupé par la préservation de la nature.\nL’action de l’ONU passe aussi par une sensibilisation de la population mondiale à ces questions, à travers la « Journée mondiale de l’eau », chaque 22 mars, et la « Décennie internationale d’action de l’ONU sur l’eau » (2018-2028).\nLa conférence mondiale sur l’eau douce organisée par l’ONU en mars 2023, la première sur ce sujet depuis 40 ans, a abouti à un texte fort, bien que non-contraignant juridiquement : le « Programme d’action pour l’eau », qui recense tous les engagements volontaires liés à l’eau (plus de 700 engagements) et suivra leurs progrès.\nPar exemple, l’Union européenne s’est engagée à « soutenir l’accès de 70 millions de personnes à une source d’eau potable améliorée et/ou à des installations sanitaires d’ici 2030 ». L’UE s’est en outre engagée à soutenir les États membres « avec un financement de 20 millions d’euros pour accélérer le déploiement de la surveillance des eaux usées ». Autre exemple : la multinationale française Danone s’est, elle, engagée à lancer « un fonds de financement mixte afin de permettre à 30 millions de personnes dans le besoin d’avoir accès à de l’eau salubre tous les jours ». Au total, ce sont 300 milliards de dollars d’engagements qui ont été promis pour soutenir le Programme d’action pour l’eau.\nCette conférence est donc très importante, car, comme l’observe le journaliste Akram Belkaïd, dans Le Monde diplomatique, « contrairement aux océans, qui font l’objet d’un accord mondial de protection, adopté aussi en mars, l’eau douce (…) ne bénéficie d’aucun texte majeur encadrant à la fois son usage, son partage et sa préservation ».\nC’est donc un pas en avant vers un tel objectif. De plus, en même temps qu’avait lieu cette conférence, l’ONU a publié son « Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2023 ».\nLes multinationales de l’eau et la défense de leurs intérêts financiers\nCependant, derrière ces belles paroles, se cache une pénétration croissante de l’ONU par les intérêts du secteur privé. C’est depuis les années 2000, sous le mandat du Ghanéen Kofi Annan, que date cette fâcheuse pénétration du secteur privé dans les arcanes de l’ONU. Ce Secrétaire général avait en effet fait en sorte d’associer les multinationales aux débats des Nations unies, à travers le « Pacte mondial » (Global Compact) qu’il avait mis en place.\nMais les multinationales de l’eau, souvent cotées en bourse, des firmes françaises Suez à Veolia en passant par American Water, Thames Water, le Brésilien Sabesp, ou encore le Suisse Nestlé, sont à la manœuvre pour influencer les discussions et l’orientation des textes adoptés.\nCar l’eau – douce essentiellement – attise les convoitises des grandes entreprises multinationales.\nLes grandes multinationales ont créé des lobbies pour défendre leurs intérêts dans un esprit néo-libéral et prédateur. Avec pour résultat une marchandisation croissante de l’eau.\nComme l’analyse l’économiste hétérodoxe Sylvain Leder, en réalité, « en 1992, lors de la Conférence des Nations unies sur l’eau à Dublin, […] pour la première fois, cette ressource a été officiellement reconnue internationalement comme un bien économique ».\nAinsi, s’est mise en place une véritable « oligarchie mondiale de l’eau », selon les termes de l’économiste et politiste Riccardo Petrella, une oligarchie qui, comme l’explique Sylvain Leder, a « à sa tête la Banque mondiale, à l’origine de la création en 1996 du Conseil mondial de l’eau, dirigé à l’époque par de hauts cadres de multinationales comme Suez et Vivendi (devenu Veolia) et dont le siège est installé à Marseille. Ce conseil a pour mission de définir une vision mondiale de cette ressource dans un cadre libéral. La dimension opérationnelle est assurée par le Partenariat mondial de l’eau, créé la même année pour favoriser les partenariats public-privé ».\nEn fin de compte, l’eau douce, qui représente un marché de plus de 600 milliards d’euros, se trouve toujours plus au cœur des enjeux économiques du XXIe siècle. Au sein de l’organisation internationale, on observe un tiraillement entre les impératifs humanistes du « droit à l’eau », et la logique du profit prédateur et de la marchandisation de toutes les ressources naturelles.\nIl incombe donc à l’ONU de se libérer des intérêts du secteur privé, et des puissants lobbies qui y sont associés, et d’affirmer haut et fort la logique du droit à l’eau, dans l’esprit des « droits économiques et sociaux », qui avaient été proclamés dès 1966 en son sein.\nChloé Maurel\n(Première publication : Equal Times, 7 septembre 2023)\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-03-30-lonu-d%C3%A9fend-le-droit-%C3%A0-leau/","summary":"L’action menée par l’ONU pour la sensibilisation du public inclut des initiatives telles\nque la Journée mondiale de l’eau du 22 mars et la Décennie internationale d’action\ndes Nations unies sur l’eau (2018-2028).","title":"L'ONU défend le « droit à l'eau »"},{"content":"Maintenant qu’à la Maison-Blanche siège un personnage que qualifier de « discutable » relève de l’euphémisme, nombreux sont ceux qui commencent à prendre conscience d’un élément géopolitique qui leur a échappé pendant plus de trente ans : les intérêts européens et américains ne coïncident pas. En réalité, ils n’ont jamais coïncidé. Il suffit de penser aux raisons profondes de la Révolution américaine grâce à laquelle les treize colonies s’émancipèrent de la mère patrie anglaise en 1776, il y a exactement deux cent cinquante ans. « No taxation without representation » était le slogan : pas d’imposition sans représentation. Et pour manifester leur indignation, ils jetèrent à la mer une cargaison de thé, fierté et gloire de la couronne britannique. Le mouvement ultra-conservateur du Tea Party, dont est aujourd’hui issu le secrétaire d’État Marco Rubio, tire son nom de cet épisode.\nNous étions au XVIIIe siècle, certes, mais la Révolution américaine n’avait pas la même matrice que celle qui, treize ans plus tard, en 1789, allait modifier à jamais l’organisation de la France et du Vieux Continent. Si, malgré la longue période de la Restauration, la France est restée, même au XIXe siècle, la patrie des Lumières ; si Napoléon Bonaparte, bien qu’indéniablement une sorte de despote, est néanmoins considéré par les Français comme un père de la patrie, et si de grandes fresques de la France post-napoléonienne comme Les Misérables de Victor Hugo doivent aussi être lues comme une revendication des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, c’est précisément parce que cette révolution portait un souffle égalitaire que la révolution américaine ne possédait qu’en partie. Certes, Alexis de Tocqueville, en examinant de près et en profondeur les événements d’outre-Atlantique, en a saisi les traits distinctifs, les points communs et les différences avec ceux de l’Europe. Mais aucun observateur n’a jamais manqué de reconnaître que la véritable nature de ce peuple, bien que descendant de la vieille Europe, était l’isolationnisme.\nCe n’est pas un hasard si les deux doctrines fondamentales du XIXe siècle furent celle de James Monroe — «l’Amérique aux Américains » — et celle d’Andrew Jackson, père putatif du Parti démocrate, c’est-à-dire précisément l’isolationnisme, fondé sur l’idée que l’Amérique vit et construit son propre destin, tandis que le reste du monde, au mieux, s’inspire de sa lumière et de sa grandeur. S’ensuivirent, au cours des quatre-vingt-dix années suivantes, une série de mythes assez artificiels : l’exceptionnalisme américain, la « cité sur la colline » (the city upon a hill), le «destin manifeste » et toute une série d’auto-récits qui précédèrent d’environ un siècle ce qui deviendrait, au XXe siècle, l’épopée hollywoodienne des westerns et la narration emphatique de soi. Il suffit de penser que la question de l’esclavage ne fut résolue aux États-Unis que grâce à la ténacité d’Abraham Lincoln (républicain, car à l’époque, et pendant au moins un siècle encore, les démocrates étaient les véritables représentants du Sud esclavagiste et ségrégationniste), capable d’affronter les vents sécessionnistes qui avaient conduit le pays à une guerre dévastatrice, longue de quatre ans et marquée par l’assassinat de Lincoln lui-même.\nSans entrer dans le détail de chaque aspect de l’histoire américaine, contentons-nous de souligner que Theodore Roosevelt lui-même avait une conception musclée du rôle du pays dans le monde : il le considérait comme un gendarme, mais sans aucune concession envers autrui. Pour voir apparaître une vision interventionniste plutôt qu’isolationniste, il faut attendre Woodrow Wilson, démocrate, dont l’expérience fut marquée par la violence des États du Sud, toujours plus enclins aux lynchages et à des actes de barbarie indescriptibles, en particulier envers les Noirs, mais surtout par l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. La Société des Nations, ancêtre de l’ONU, naquit dans l’esprit de Wilson dans ce contexte, alors que l’Europe voyait ses empires se dissoudre et son rôle d’hégémonie mondiale décliner.\nQui est donc Donald Trump ? Abstraction faite de ses innombrables controverses, d’un point de vue politique, il en existe au moins deux versions. Le premier (2017-2021) est un président paléoconservateur, c’est-à-dire inspiré de la vision jacksonienne - n’oublions pas qu’il a longtemps été un généreux donateur du Parti démocrate, pas si éloigné des positions du clan Clinton - ainsi que de la pensée des présidents des « Roaring Twenties », les Années folles du prohibitionnisme, des anarchistes qui tombaient mystérieusement des fenêtres d’un bureau du FBI (Andrea Salsedo) ou étaient exécutés sur la chaise électrique (Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti), et du trio formé par Warren Harding, Calvin Coolidge et Herbert Hoover, responsables du désastre du pays et, dans le cas de Hoover, totalement incapable de faire face à la crise de 1929, au point que, lorsqu’on parlait de bidonvilles, on les appelait là-bas des « hoovervilles ». Le second Trump (2025-2029), qui déclare la guerre à la planète entière tout en prétendant au prix Nobel de la paix, est en revanche bien plus interventionniste, dans la lignée de républicains néoconservateurs comme Reagan, Bush père et Bush fils, ainsi que de démocrates comme Clinton.\nPourquoi ce changement ? Parce que les États-Unis sont en déclin. Si le bellicisme de ses prédécesseurs était lié à la nécessité d’étendre le pouvoir et l’influence américaine, en profitant de l’occasion unique offerte par l’effondrement de l’Union soviétique et de sa sphère d’influence — avec l’intégration à l’OTAN (et, non par hasard, aussi à l’Union européenne) de presque tous les anciens pays du Pacte de Varsovie —, le trumpisme a aujourd’hui besoin de réaffirmer la fonction historique d’un pays qui, à bien y réfléchir, n’en a plus vraiment.\nL’Amérique, en effet, n’est plus une puissance culturelle, même si l’industrie hollywoodienne reste florissante ; elle peine sur le plan économique, est talonnée par une Chine de plus en plus offensive, doit faire face à une Russie que Poutine, bien qu’avec des méthodes atroces, a relevée après la période de déclin marquée par Eltsine, et ne sait pas comment gérer une poudrière moyen-orientale dans laquelle Netanyahu a semé le chaos sans parvenir à clore un seul front.\nAinsi, aujourd’hui, l’Amérique apparaît comme une nation vaincue : au Venezuela, elle a évincé Maduro sans réussir à instaurer un véritable changement de régime, laissant le pouvoir à sa vice-présidente ; en Iran, la situation est similaire, avec en plus la difficulté de faire face à un peuple de cent millions d’habitants et à un pays fort de trois mille ans d’histoire glorieuse ; quant à Gaza, elle a laissé l’oligarque de Tel-Aviv commettre un génocide sans parvenir à faire adopter le moindre plan de paix, se limitant au mieux à une trêve éphémère, jamais réellement respectée par les Israéliens.\nEn Ukraine, enfin, en partie à cause de l’admiration instinctive que Trump éprouve pour Poutine, en partie parce qu’aucun pays ne peut réellement hausser le ton face à la Russie, l’Amérique a montré toute sa faiblesse et son incapacité d’action, après s’être retirée de manière humiliante d’Afghanistan à l’été 2021.\nNous nous trouvons donc face à un pays fatigué, en guerre avec lui-même, qui découvre soudain sa fragilité et se voit assiégé par une techno-oligarchie de multimilliardaires prétendant dicter la loi non seulement à la Maison-Blanche mais au monde entier, se livrant à des prédications ridicules sur l’Antéchrist et revendiquant l’immortalité ainsi que la conquête de Mars.\nEn somme, ce pays qui fut celui de Camelot et de la « Nouvelle Frontière » kennedyenne, de réalisateurs comme Elia Kazan, de dramaturges comme Arthur Miller, d’acteurs comme Marlon Brando, de divas comme Marilyn Monroe, du journalisme indépendant faisant office de contre-pouvoir, d’éditrices comme Katharine Graham, du jazz, du charleston et de mille autres éléments et figures qui faisaient sa grandeur malgré ses contradictions, se retrouve aujourd’hui prisonnier d’une sorte de secte hors de contrôle, bénéficiant de la complaisance d’un président dont la santé mentale suscite désormais de sérieux doutes chez plus d’un analyste.\nDans tout cela, une Europe qui, jusqu’à présent, s’est placée dans une position de vassalité, incapable d’exprimer une politique étrangère autonome et unifiée, allant jusqu’à laisser détruire le gazoduc Nord Stream 2, provoquant ainsi une récession en Allemagne et mettant en péril les approvisionnements énergétiques de l’ensemble du continent — une Europe plus divisée que jamais et en proie au retour de fascismes et d’autoritarismes de toutes sortes — semble peut-être commencer à prendre conscience de la nécessité de changer d’attitude.\nCe n’est pas un hasard si, après la disparition du pape François, pour la première fois dans l’histoire, un pape américain a été élu — comme pour signifier que le pouvoir temporel du pays dominant est arrivé à son terme et qu’un peu de spiritualité, même à ces latitudes, ne fait pas de mal. Ce n’est pas un hasard non plus si l’on commence à réfléchir à une défense autonome et à une OTAN européenne. Ce n’est pas un hasard, enfin, si l’on s’interroge sur la manière de se positionner sur l’échiquier international, ayant pris acte qu’aucun pays, pas même la Hongrie d’Orbán, ne peut réellement envisager de suivre Trump et Netanyahu dans la folie de déclencher un Armageddon en Iran sans en payer un prix très élevé. Et les droits de douane, les insultes répétées, les accusations, les attaques, les défiances affichées, ainsi que la position indigne adoptée à l’égard de Zelensky — qui n’est pas un homme d’État, mais qu’on ne peut pas abandonner du jour au lendemain — et surtout du peuple ukrainien, n’ont certainement pas contribué à apaiser les esprits.\nJe veux croire, en somme, que l’Union européenne, bien que mal représentée et prisonnière d’une classe dirigeante parmi les plus faibles que l’on ait jamais vues dans sa longue histoire, commence à prendre conscience de la nécessité de ramer avec détermination à contre-courant d’un modèle devenu insoutenable et désormais totalement contraire à nos intérêts.\nLa véritable question est donc la suivante : sommes-nous prêts à nous « détrumpiser » ? La pensée progressiste est-elle capable de produire les anticorps nécessaires et surtout de faire émerger des dirigeants à la hauteur des défis électoraux à venir dans des pays clés comme l’Italie, la France, l’Espagne et l’Allemagne ? Et que fera à l’égard de l’Union européenne une Angleterre repentante, qui ressemble de plus en plus au fils prodigue ?\nS’il existe encore des hommes d’État, qu’ils se manifestent, car le temps presse : soit nous nous émancipons définitivement de l’étreinte d’une nation qui nous a de fait déclaré la guerre, sur le plan des valeurs et de l’économie, soit nous finirons par sombrer avec elle, sans même disposer des ressources énergétiques nécessaires pour faire face à une crise sans précédent, alors que de multiples fronts de guerre se profilent à l’horizon et nous encerclent.\nRoberto Bertoni\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-03-29-d%C3%A9trumpiser-leurope/","summary":"\u003cp\u003eMaintenant qu’à la Maison-Blanche siège un personnage que qualifier de « discutable » relève de l’euphémisme, nombreux sont ceux qui commencent à prendre conscience d’un élément géopolitique qui leur a échappé pendant plus de trente ans : les intérêts européens et américains ne coïncident pas. En réalité, ils n’ont jamais coïncidé. Il suffit de penser aux raisons profondes de la Révolution américaine grâce à laquelle les treize colonies s’émancipèrent de la mère patrie anglaise en 1776, il y a exactement deux cent cinquante ans. « No taxation without representation » était le slogan : pas d’imposition sans représentation. Et pour manifester leur indignation, ils jetèrent à la mer une cargaison de thé, fierté et gloire de la couronne britannique. Le mouvement ultra-conservateur du Tea Party, dont est aujourd’hui issu le secrétaire d’État Marco Rubio, tire son nom de cet épisode.\u003c/p\u003e","title":"Détrumpiser l'Europe "},{"content":"Les gouvernements européens – et les médias qui leur emboîtent le pas – continuent de réagir à la « Stratégie de sécurité nationale » de Donald Trump comme si l’actuel président avait inventé l’hostilité de Washington à l’égard de toute véritable unité européenne, alors qu’il s’est contenté de la rendre explicite par une provocation, en parfait accord avec ce que fait Moscou. De cette manière, le président des États-Unis offre une occasion précieuse aux Européens de définir et d’opérer une correction urgente de la structure et de la trajectoire de l’Union européenne, dans le sens de son indépendance – et non pas seulement de son « autonomie » – stratégique, en restituant à ses peuples la seule souveraineté possible. L’un des paradoxes, c’est que Giorgia Meloni – la prétendue souverainiste et ancienne fasciste qui, en tant que présidente du Conseil de la République italienne, se laisse embrasser sur la tête par Joe Biden, pour ensuite devenir la factotum (sans être, bien sûr, sa courtisane) de Donald Trump – rappelle aux pseudo-européistes de chez nous qu’il existe une autre Europe que l’UE actuelle, celle de Ventotene. Cela n’arrivera pas maintenant, mais la perspective ne peut être que celle-là.\nQu’il me soit permis d’évoquer quelques souvenirs personnels. Lorsque, après la chute du Mur, je rencontrai de nouveau Henry Kissinger – qui avait été mon professeur pendant deux années d’études universitaires – je lui demandai : « N’est-il pas vrai que tu as toujours été hostile à l’unification de l’Europe ? ». Il me répondit : « Non, pourquoi dis-tu cela ? ». Puis, après une pause de réflexion, il ajouta : « Je crois que tu as raison ». Cet aveu tardif renvoie à une réalité qui remonte à la défaite des États-Unis au Vietnam, qui marqua le début du déclin de leur hégémonie mondiale, jusque-là incontestée. Il en résulta la nécessité de maintenir une « menace crédible » soviétique, afin de consolider la primauté politico-militaire des États-Unis. Ce fut le même Henry Kissinger qui, au sommet de son pouvoir, alors secrétaire d’État du président peu avisé Gerald Ford, invita le chef de la CIA de l’époque, George Tenet, à réécrire son évaluation de la puissance soviétique, jugée insuffisante pour justifier les dépenses et la présence militaire américaine dans le monde. Cela coïncida avec un tournant dans les relations avec les alliés européens, encouragés dans les années 1950 par Dwight D. Eisenhower à s’unir afin de mettre en place leur propre défense autonome, dans le but de créer une improbable « alliance entre égaux » – soutenue par la suite par les présidences de John F. Kennedy et Lyndon B. Johnson – dans le cadre de l’OTAN.\nLa chute du Mur, loin de constituer « la fin de l’histoire » et le triomphe de la politique étrangère de Washington dans un monde désormais unipolaire, en marqua en réalité la crise. Privés de la « menace crédible », les dirigeants américains, que l’on pourrait qualifier de post-kissingériens, se trouvèrent engagés dans un effort angoissant pour remplacer la menace soviétique, désormais insuffisante pour justifier les armements et les bases militaires, avec les dépenses conséquentes à la charge du contribuable. Après la fin de la présidence de Ronald Reagan, et avec elle de l’entente politique clairvoyante entre James Baker et Mikhail Gorbachev, leurs successeurs voulurent préserver l’OTAN, objectivement obsolète, en en étendant les frontières vers l’Est, au prix d’une humiliation supplémentaire de la Russie.\nAprès les interventions anti-serbes dans les Balkans, l’attaque contre les tours jumelles en 2001 – le Attentats du 11 septembre 2001 – et la « guerre contre le terrorisme » qui s’ensuivit redonnèrent de l’espace au rôle de puissance militaire de Washington ; les guerres en Afghanistan et en Irak, puis les attaques contre la Libye, servirent à fournir de l’oxygène au complexe militaro-industriel, un demi-siècle après la dénonciation d’Dwight D. Eisenhower. Enfin, l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, longuement provoquée, produisit l’effet bénéfique – réciproque pour deux superpuissances en déclin – de ressusciter les spectres de la Guerre froide. La Chine, grande puissance montante, était quant à elle engagée dans la construction d’un monde multipolaire, en utilisant l’instrument des BRICS ; elle se montrait donc peu disposée à adopter le schéma bipolaire qui tenait à cœur des États-Unis et de la Russie.\nEt l’Europe ? Adversaire de Washington, et ce n’est pas nouveau. Ici, je cède encore une fois à la tentation de recourir à un souvenir personnel. Jeudi 17 septembre 1992. Le Sénat de la République italienne était engagé dans le débat sur la ratification du traité de Maastricht, dont le vote était prévu pour l’après-midi. Le vote favorable de l’Italie n’aurait pas fait la une, mais un simple report aurait pu avoir des conséquences fatales pour le traité dans toute l’Europe. La France avait en effet décidé de le soumettre à un référendum, à l’issue très incertaine, prévu pour le dimanche suivant. L’absence de ratification de la part de l’Italie aurait ressuscité le spectre de l’échec de la Communauté européenne de défense qui, en l’an 1955, fut rejetée par le gouvernement de Pierre Mendès France, en s’en servant comme raison ou prétexte.\nLe problème n’était pas celui d’avoir une majorité, mais celui de l’absence du quorum. En effet, aux voix de la majorité dont disposait le dernier gouvernement du «pentaparti», présidé par Giuliano Amato, se seraient ajoutées celles du groupe d’opposition le plus nombreux, lié au Parti démocrate de gauche. Au cours des mois précédents, nous avions décidé de voter en faveur du traité parce qu’il prévoyait l’instauration de la monnaie commune, l’euro, l’une des trois prérogatives essentielles – aux côtés du territoire et du gouvernement – pour la constitution d’une Europe unie et souveraine. En revanche, les groupes de l’Alliance Nationale et de Refondation Communiste, qui se déclaraient favorables à cet objectif, estimaient, non sans raison, que d’autres aspects du traité auraient donné naissance à une « Europe des banquiers ». C’est pourquoi ils ne se limitaient pas à exprimer leur opposition, mais s’engageaient dans une stratégie d’obstruction parlementaire qui mettait en danger l’atteinte du quorum.\nEn milieu de matinée se produisit un coup de théâtre. Le rapporteur de la majorité, le sénateur Bruno Orsini de la DC, et le président du groupe socialiste, Gennaro Acquaviva, vinrent à ma rencontre pour me demander quelle serait la réaction du PDS si le gouvernement décidait de reporter le vote à une date ultérieure, en invoquant comme raison la crise survenue du SME (qui, en réalité, rendait encore plus urgente l’approbation du traité). Fort de la position unie de mon groupe, je répondis à haute voix que nous prendrions le drapeau de l’Europe et qu’avec lui nous frapperions le gouvernement tant que nous le verrions bouger ! Une demi-heure plus tard, mes interlocuteurs revinrent, annonçant l’intervention du ministre des Affaires étrangères Emilio Colombo, qui réaffirmerait l’engagement de voter à la fin de la séance. À ce moment-là, il m’incombait de demander des explications. La réponse fut : « Pressions de Washington qui s’oppose à l’euro pour protéger le dollar ». Pour confirmer cela, la présidence laxiste de Giovanni Spadolini – premier de la classe à la cour américaine – favorisait l’obstruction parlementaire qui aurait pu compromettre le quorum et, par conséquent, le sort du traité. À ce stade, armé de cet épisode, j’en informai Luigi Vinci – représentant de Refondation au sein de la commission des Affaires étrangères – qui, après une brève interruption, confirma le vote contraire, mais garantit le quorum qui sauva le traité, permettant au Sénat de ne pas faire la une à l’échelle mondiale.\nSi, très probablement, la défense du dollar sur les marchés mondiaux et l’hostilité qui en découle à la naissance de l’euro constituèrent le détonateur des événements ici rappelés, quelles étaient et restent les raisons de cet acharnement des États-Unis contre une Europe unie et souveraine ? Celle envisagée par les signataires du manifeste de Ventotene et qui inspira le traité de Rome et de nombreux hommes d’État, de Jean Monnet à Jacques Delors. À mesure que l’hégémonie de Washington s’est évaporée, l’unité politique d’un marché d’environ 500 millions de personnes, doté d’une forte empreinte social-démocrate, notamment en Europe du Nord – sans pour autant être entaché d’orientations ou de structures antidémocratiques – aurait donné naissance à un rival redoutable, plus inquiétant encore que l’ennemi complice de Moscou, et impossible à disqualifier comme une dictature hostile. Dans cette perspective, une telle Europe aurait pu compromettre l’avenir de l’OTAN, qui a survécu tant bien que mal à la chute du Mur, en mettant fin au divide et impera de Washington sur le continent européen.\nAujourd’hui, le rêve de Madeleine Albright et de Victoria Nuland (« Fuck Europe ! ») – pour ne citer que deux noms significatifs – s’est presque réalisé, avant même celui de Donald Trump. La gestion corrompue de Ursula von der Leyen, favorisée par les convergences souverainistes des pays baltes et du groupe de Visegrád, a fait de l’Union européenne un instrument docile de Washington sous le regard complaisant de Moscou.\nLa propagande de guerre, alimentée par les événements sanglants en Ukraine et en Palestine, a conduit à une politique de réarmement au service du complexe militaro-industriel américain, qui empêche l’émergence d’une défense européenne – avec les économies d’échelle correspondantes – laquelle supposerait une politique étrangère intégrée. Le rôle anachronique de « menace crédible » de la Russie de Poutine est consolidé par l’interruption des achats de gaz et de pétrole à Moscou – ainsi que par le sabotage occidental du gazoduc Nord Stream 2, qui alimentait l’Allemagne –, par la politique de sanctions et par le gel des avoirs financiers russes en Europe. Dans le même temps, les États-Unis de Donald Trump relancent et théorisent même, dans un document officiel, leur politique traditionnelle en Europe, fondée sur des ingérences en matière de politique étrangère et même intérieure des États européens. L’Union européenne n’a apporté aucune réponse proportionnée aux hausses de droits de douane sur les exportations imposées par Trump, ni à l’obligation d’augmenter les dépenses militaires dans le cadre des accords de l’OTAN, le plus souvent sous forme d’achats d’armes américaines.\nEn somme, nous sommes face à une « vaste entreprise », comme le dirait Charles de Gaulle. Et pourtant, une autre Europe, inspirée de celle des origines, pourrait prendre sa place dans un monde multipolaire plus pacifique, marquer la fin de la prolongation de la Guerre froide, voire stimuler un tournant des États-Unis et de la Russie, encore engagés dans son partage en sphères d’influence. Un changement de cap qui permettrait une répartition équitable des ressources, une liberté des échanges comme condition d’une coexistence pacifique et productive, dans le respect écologique de la planète. En somme: du pain, la paix et la liberté pour tous. Une utopie ? Comme l’affirmait Barbara Ward, aux côtés de Kwame Nkrumah il y a plus d’un demi-siècle, nous avons un besoin urgent d’«utopies pertinentes» qui, même si elles ne se réalisent pas, indiquent dans l’immédiat la direction dans laquelle s’engager.\nGian Giacomo Migone\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-03-28-%C3%A9tats-uniseurope-histoire-dune-alliance-hostile/","summary":"L’hostilité des États-Unis envers une Europe plus unie et autonome – aujourd’hui au cœur de la politique de Trump – a une longue histoire, étroitement liée à la Guerre froide et au déclin américain. Mais elle nous offre l’occasion de penser à la possibilité d’une autre Europe.","title":"États-Unis–Europe, histoire d’une alliance hostile"},{"content":"Le monde entier découvre aujourd’hui Pedro Sánchez, le leader socialiste espagnol qui dirige une coalition d’union de la gauche. Son « non à la guerre » en Iran résonne comme un signal retentissant d’alerte face au danger mortel qui menace le système de sécurité collective mis en place en 1945. L’ONU, dont le vrai nom est « Organisation des Nations unies contre le fascisme » devait empêcher toute nouvelle guerre.\nCe « non » est aussi un refus retentissant du trumpisme. Pedro Sánchez est le seul chef de gouvernement européen à s’opposer frontalement à la guerre voulue par Donald Trump, en interdisant à l’US Air Force d’utiliser les bases américaines situées en Andalousie. À l’inverse, la France et la Grande-Bretagne autorisent l’accès de leurs bases à l’aviation américaine qui bombarde méthodiquement l’Iran, au mépris du droit international. Ce refus est d’autant plus retentissant que l’initiative de guerre de Trump apparaît totalement irréfléchie : une guerre contre un pays à l’histoire millénaire pourrait conduire le monde vers un chaos général.\nPedro Sánchez s’inscrit dans la tradition des progressistes espagnols. Son « non à la guerre » renvoie à une culture politique profonde du refus de la guerre dans l’histoire du pays. L’événement fondateur de cette culture est le massacre méthodique et intentionnel de civils dans la petite ville basque de Guernica par l’aviation fasciste en 1937. Ce bombardement constitue une première mondiale et un tournant historique : il inaugure une ère nouvelle dans laquelle les massacres de civils deviennent un moyen de pression stratégique. Dans le contexte de la guerre civile espagnole, où s’affrontent d’un côté les démocrates et les progressistes et, de l’autre, l’union des droites autour du général Franco soutenue par les États fascistes, Guernica devient un symbole historique de la liberté. Cette pratique de l’aviation nazie sera reprise en mai-juin 1940 en France, lorsque des colonnes de civils fuyant l’avancée allemande sont bombardées et mitraillées sur les routes. En 1937, le peintre Pablo Picasso réalise une œuvre universelle de dénonciation de la barbarie : son tableau Guernica. À l’époque, une partie de la presse de droite, Le Figaro entre autres, reprend la propagande fasciste qui accuse « les rouges » d’être responsables du massacre. À l’inverse, le journal L’Humanité présente les faits réels.\nSur la question palestinienne, Pedro Sánchez a adopté l’une des positions les plus opposées, dans le monde occidental, à celle du gouvernement israélien d’extrême droite. Il est parmi les premiers dirigeants européens à reconnaître l’État de Palestine et le seul à mettre en place un véritable embargo sur la vente d’armes à Israël. Il est également le seul chef de gouvernement occidental à évoquer l’existence d’un « génocide à Gaza ». En Espagne, un récent sondage indique que plus de 80 % des Espagnols partagent son avis. Pedro Sánchez peut donc compter sur un soutien très important de son opinion publique. Il condamne néanmoins les massacres terroristes du Hamas du 7 octobre et défend le droit d’Israël à exister sans menace.\nUne coalition de toutes les gauches\nLa politique étrangère est en Espagne, comme ailleurs, un marqueur fort de l’affrontement entre un bloc de gauche et un bloc d’extrême droite, renforcé par le ralliement d’une partie de la droite. Dès sa prise de fonction comme Premier ministre, Sánchez a affirmé vouloir construire « un mur face à la droite et à l’extrême droite ».\nSans majorité pour faire adopter son budget depuis 2023, il a néanmoins réussi, grâce à ses qualités oratoires, son sens de la négociation et son art du compromis, à bâtir une coalition unissant l’ensemble des forces de gauche, y compris la gauche radicale. Il y a ajouté le soutien des indépendantistes basques et catalans.\nCette coalition est née d’une motion de censure dite « positive », propre au système espagnol. Contrairement à la France, une motion de censure ne peut être déposée que par une coalition disposant déjà d’un programme de gouvernement.\nLe budget est reconduit d’année en année, avec des ajustements permettant de mener une politique de gauche de soutien à la demande. Depuis 2023, le salaire minimum a augmenté de 60 %, atteignant 1 200 euros dans un pays où le coût de la vie reste inférieur à celui de la France. Pedro Sánchez mène ainsi une politique de transformation et non de simple gestion. Le Parti socialiste espagnol affirme clairement ne pas suivre un modèle social-démocrate de gestion. Les marqueurs de gauche sont forts : priorité aux énergies renouvelables, féminisme offensif et politiques sociales affirmées.\nCette politique de transformation est également un succès économique. L’Espagne connaît aujourd’hui la croissance la plus forte de l’Union européenne, supérieure à 3 %.\nCette croissance repose sur la demande intérieure, la valorisation du tourisme et une immigration de travail importante mais contrôlée. La politique de Pedro Sánchez reste pragmatique, mais fondée sur des valeurs de gauche affirmées. Elle est saluée par les agences de notation. La forte croissance permet en outre une réduction significative de la dette. Un phénomène comparable s’était produit en France avec le gouvernement d’union de la gauche dirigé par Lionel Jospin entre 1998 et 2002.\nCela n’empêche pas la droite européenne de critiquer la politique de Pedro Sánchez. Pourtant, l’époque actuelle montre les limites des politiques de l’offre et d’austérité qu’elle porte, alors que la question centrale reste le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-03-20-l-espagne-sauve-lhonneur-de-leurope/","summary":"\u003cp\u003eLe monde entier découvre aujourd’hui Pedro Sánchez, le leader socialiste\nespagnol qui dirige une coalition d’union de la gauche. Son « non à la guerre »\nen Iran résonne comme un signal retentissant d’alerte face au danger mortel qui\nmenace le système de sécurité collective mis en place en 1945. L’ONU, dont le\nvrai nom est « Organisation des Nations unies contre le fascisme » devait\nempêcher toute nouvelle guerre.\u003c/p\u003e","title":"L'Espagne sauve l’honneur de l’Europe"},{"content":"L’Iran est un ensemble politique où la dimension ethno-confessionnelle est essentielle. La tradition millénaire de l’empire perse reposait sur la tolérance à l’égard de toutes les minorités. L’empereur perse le plus puissant, Darius Ier, se présentait comme « le roi du pays de toutes les ethnies ». Cette phrase est gravée sur sa tombe à Suse (Shush), en 486 av. J.-C. Cette tradition de tolérance a été rompue en 1928 au profit d’un système hypercentralisé de répression des minorités.\nCette rupture a été portée par la dynastie du shah Pahlavi puis, en 1979, par la République islamique d’Iran, qui renversa le régime du shah et instaura une théocratie autoritaire fondée sur l’islam chiite, religion d’État. Le pays est en réalité dirigé par le Guide suprême, descendant proclamé du Prophète, choisi par un conseil de mollahs. Le bras armé du régime est constitué par les « gardiens de la révolution », véritable police des mœurs, notamment contre les femmes qui refusent le port du voile. Les minorités ethniques des périphéries sont les principales cibles d’une sévère répression. Ces gardiens, base du régime, comptent environ 150 000 hommes et jouent à la fois le rôle de police et d’armée, contrôlant une grande partie de l’économie. Depuis 1979, ils ont conduit une répression féroce : assassinats par fusillade, pendaisons, tortures et viols, notamment contre les femmes, les jeunes et les minorités ethniques. Le régime chiite radical a mené un combat culturel total contre l’islam sunnite et contre les cultures des minorités ethniques, imposant une islamisation radicale forcée. Même l’identité perse est marginalisée.\nC’est là la principale différence avec le régime précédent du shah, qui s’inscrivait dans la tradition perse, bien qu’il s’agît d’une dictature répressive dotée d’une police politique, la SAVAK, qui torturait et assassinait. Dans la mémoire collective iranienne, cela demeure très présent. C’est pourquoi le retour de la monarchie Pahlavi, représentée par le fils du shah qui vit aux États-Unis, ne constitue pas une solution consensuelle pour les Iraniens. La République islamique favorisait le « centre persan » au détriment des périphéries ethniques, laissées dans une grande pauvreté. Ce pouvoir central très fort s’appuyait en théorie sur environ 50 % de la population, qui est persane. Toutefois, ce « centre persan », très éduqué et cultivé, a mené une opposition frontale, notamment à travers les mouvements étudiants et féminins. Pendant des décennies, ces mouvements de contestation ont été brisés par la répression et la terreur exercée par les gardiens de la révolution. La situation peut-elle changer après l’assassinat du guide Khamenei et la décapitation des élites des pasdaran (dont l’ampleur exacte n’est pas encore connue) ? Il est difficile qu’une opposition structurée puisse émerger à partir du centre, affaibli pendant des années de répression.\nLes minorités ethniques constituent en revanche des oppositions vraiment actives. Leur déclassement économique par rapport au centre — où elles ont souvent été considérées comme des « citoyens de seconde zone » — constitue le moteur structurel de la contestation. Ces minorités, importantes en nombre (environ 50 % de la population), sont principalement au nombre de quatre : les Azéris (25 %), les Kurdes (15 %), les Baloutches et les Arabes. Premièrement, l’Azerbaïdjan occidental, peuplé d’Azéris turcophones et chiites, représente environ 25 % des 90 millions d’Iraniens. Cette région du nord-ouest de l’Iran partage une frontière montagneuse avec la République d’Azerbaïdjan indépendante. Les Azéris des deux côtés de la frontière conservent l’espoir historique d’une réunification, inscrite dans une logique politique pan-turque : Bakou, Tabriz, Ankara. Toutefois, le régime iranien mène une répression très violente contre toute velléité de nationalisme azéri.\nLe pouvoir islamique redoutait particulièrement une révolte azérie. En effet, le poids démographique des Azéris est considérable. C’est pourquoi cette minorité est relativement mieux traitée économiquement, même si son niveau de vie reste inférieur à celui de la population de la République d’Azerbaïdjan, riche en pétrole et en gaz. L’Azerbaïdjan est en outre un acteur géopolitique majeur, avec la mer Caspienne et la ville frontalière d’Astara, véritable nœud commercial sur l’axe septentrional des routes de la soie. Le régime de Bakou entretient des relations complexes avec ces minorités : il est proche des États-Unis et d’Israël, allié d’Ankara, et dialogue d’égal à égal avec la Russie de Vladimir Poutine. La frontière avec l’Iran constitue un enjeu militaire important depuis plusieurs années, notamment en raison de la présence américaine et israélienne. Astara est ainsi devenue un centre militaire significatif. Par ailleurs, des négociations de paix sont très avancées avec l’Arménie. Le voisin azéri pratique un islam chiite largement sécularisé, en opposition marquée avec celui de l’Iran. Les femmes actives n’y portent généralement pas le voile. L’Azerbaïdjan devient ainsi un pôle d’attraction pour les Azéris d’Iran. Des hypothèses circulent d’infiltration de la CIA et du Mossad dans cette province iranienne. Les Azéris d’Iran mènent surtout un combat politique et culturel, non militaire, contrairement aux Kurdes de l’ouest et aux Baloutches du sud-est.\nQuant au Kurdistan iranien, situé à l’ouest de l’Iran, il possède une forte tradition militaire de résistance, absente chez les Azéris. La conscience nationale kurde s’est forgée face à une répression implacable. Malgré cela, les groupes d’opposition armés restent actifs et bénéficieraient également de soutiens extérieurs. Le Kurdistan iranien, tout comme l’Azerbaïdjan iranien, pourrait fournir des élites politiques en cas d’effondrement du pouvoir central.\nEnfin, la minorité baloutche, un peu à part, est sunnite et représente environ 2 % de la population iranienne. C’est le groupe ethnique le plus combatif contre le pouvoir central. Les Baloutches ont payé le plus lourd tribut face à la répression extrêmement brutale des gardiens de la révolution. Cependant, malgré la répression, ces oppositions ethniques restent attachées à la Perse millénaire. Elles sont favorables à un retour à une forme d’État fédéral rappelant la tradition impériale antérieure à la dynastie Pahlavi.\nEn attendant que les États-Unis expliquent comment ils envisagent l’avenir de l’Iran, voilà la situation ethnique auquel seront confrontées les nouvelles élites au pouvoir (qu’il s’agisse des Pahlavi, des mouvements d’opposition à la théocratie iranienne), dans le but de sauvegarder l’unité de la plus ancienne entité étatique du monde.\nEric Djabiev\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/articles/2026-03-18-le-retour-des-pahlavi/","summary":"\u003cp\u003eL’Iran est un ensemble politique où la dimension ethno-confessionnelle est essentielle. La tradition millénaire de l’empire perse reposait sur la tolérance à l’égard de toutes les minorités. L’empereur perse le plus puissant, Darius Ier, se présentait comme « le roi du pays de toutes les ethnies ». Cette phrase est gravée sur sa tombe à Suse (Shush), en 486 av. J.-C. Cette tradition de tolérance a été rompue en 1928 au profit d’un système hypercentralisé de répression des minorités.\u003c/p\u003e","title":"Le retour des Pahlavi: une bonne idée pour l’unité de l’Iran?"},{"content":"Chloé Maurel, normalienne, agrégée et docteure en histoire, est spécialiste des relations internationales et de l\u0026rsquo;ONU.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/authors/chlo%C3%A9-maurel/","summary":"\u003cp\u003eChloé Maurel, normalienne, agrégée et docteure en histoire, est spécialiste des relations internationales et de l\u0026rsquo;ONU.\u003c/p\u003e","title":"Chloé Maurel"},{"content":"Eric Djabiev est agrégé d\u0026rsquo;histoire et historien.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/authors/eric-djabiev/","summary":"\u003cp\u003eEric Djabiev est agrégé d\u0026rsquo;histoire et historien.\u003c/p\u003e","title":"Eric Djabiev"},{"content":"Gian Giacomo Migone è stato presidente della Commissione Esteri del Senato dal 1994 al 2001.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/authors/gian-giacomo-migone/","summary":"\u003cp\u003eGian Giacomo Migone è stato presidente della Commissione Esteri del Senato dal 1994 al 2001.\u003c/p\u003e","title":"Gian Giacomo Migone"},{"content":"Giuseppe Sacco is a tenured Italian academic specialising in international relations. During the period 1970-1980 he was in charge as a full professor of Industrial Economics and Policy at the University of Florence. From 1980 until 2010 Sacco was a professor at the Faculty of Political Sciences of the Libera Università Internazionale degli Studi Sociali Guido Carli. From 1989 to 2000, he taught at the Institut d\u0026rsquo;Etudes Politiques de Paris.\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/authors/giuseppe-sacco/","summary":"\u003cp\u003eGiuseppe Sacco is a tenured Italian academic specialising in international relations. During the period 1970-1980 he was in charge as a full professor of Industrial Economics and Policy at the University of Florence. From 1980 until 2010 Sacco was a professor at the Faculty of Political Sciences of the Libera Università Internazionale degli Studi Sociali Guido Carli. 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Spécialisée dans l’étude de la pensée politique roumaine et sud-est européenne, avec un focus pour l’histoire conceptuelle et intellectuelle de la modernisation politique et institutionnelle dans la région au XIXe et au XXe siècle, notamment sous l’angle des processus de démocratisation, de la légitimité du pouvoir politique et des cadres institutionnels. Elle a étudié les sciences politiques à l’Université de Bucarest (section française) et à l’Université de Bologne.\u003c/p\u003e","title":"Raluca Alexandrescu"},{"content":"Roberto Bertoni (Roma, 24 marzo 1990). Laureato in Scienze Politiche e Relazioni Internazionali presso l\u0026rsquo;Università Roma Tre, è giornalista e scrittore nonché autore di saggi, racconti, romanzi, raccolte di poesie e opere di teatro civile. Collabora con Articolo 21, Ytali e Confronti, oltre a partecipare in qualità di editorialista al podcast \u0026ldquo;A parole tue\u0026rdquo; dell\u0026rsquo;onorevole Vittoria Baldino. Da qualche mese, dirige la collana editoriale \u0026ldquo;Zona Rossa\u0026rdquo; presso l\u0026rsquo;editore Santelli. Le sue opere più recenti sono: \u0026ldquo;Vent\u0026rsquo;anni\u0026rdquo;, scritto con Giorgia Serughetti (People editore), \u0026ldquo;L\u0026rsquo;occupazione\u0026rdquo;, scritto con Vincenzo Vita (Paper First), \u0026ldquo;Consumare, obbedire, tacere\u0026rdquo;, scritto con Maurizio Viroli (Castelvecchi) e il romanzo \u0026ldquo;Raccontami ogni cosa. Genova, per non dimenticare\u0026rdquo;, dedicato al G8 di Gemova (Santelli editore).\n","permalink":"https://geopolitics-today.com/authors/roberto-bertoni/","summary":"\u003cp\u003eRoberto Bertoni (Roma, 24 marzo 1990). 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