Le Pape Léon XIV, un nouveau François?

Giuseppe Sacco Dans l’histoire de l’Église catholique, 266 pontifes se sont succédé jusqu’à aujourd’hui. Parmi eux, 217 — soit plus de quatre sur cinq — sont nés dans l’actuelle République italienne. En particulier, tous les papes durant les 455 années comprises entre le pontificat d’Adrien VI (1522–1523), originaire des Pays-Bas, et celui de Jean-Paul II (1978–2005) étaient italiens. Mais comment expliquer cette extraordinaire prédominance au sein de l’institution la plus universelle de l’histoire de l’humanité? ...

7 mai 2026 · 9 min · Giuseppe Sacco

L'Europe et le pétrole : l'Arctique en danger ?

Giuseppe Sacco Avec une désinvolture inhabituelle, le Financial Times a publié en première page un article fondé non sur des informations vérifiées, comme c’est pourtant la tradition du quotidien londonien, mais sur la base de rumeurs, d’indiscrétions et de fuites provenant de Bruxelles et d’Oslo, mais qui ont certainement été lues avec grand intérêt à Berlin. Selon des sources communautaires, ou du moins proches de celles-ci, les dirigeants de l’Union européenne envisageraient sérieusement la possibilité de renier davantage - après d’autres décisions, comme par exemple le report de la date à partir de laquelle il ne sera plus possible de commercialiser des voitures à moteur thermique - l’un des principaux éléments qui caractérisent la vision actuelle du monde, de ses problèmes et des défis politiques telle qu’elle s’est construite au cours des cinquante dernières années : la sensibilité environnementale. Dans le cadre d’un véritable tournant, ils évalueraient ainsi l’intérêt et l’opportunité d’abandonner leur opposition à l’exploitation pétrolière de la zone arctique. ...

27 avril 2026 · 7 min · Giuseppe Sacco

L'héritage de François, mort au combat

Contrairement aux espoirs de ceux qui avaient fait courir les rumeurs sur sa possible démission, le pape François est mort au combat. Comme on pouvait s’y attendre d’un homme comme lui qui, ferme dans ses convictions en défense du bien commun, de la justice et des plus démunis de la Terre, n’avait peur de rien ni de personne. Jamais effrayé à l’idée d’exprimer ses opinions politiques — tranchantes et d’une concision lapidaire, comme dans le cas de « l’OTAN qui aboyait aux portes de la Russie » —, il était doté d’une clairvoyance que les historiens de profession ou les spécialistes de littérature ont rarement su égaler. Il n’est donc pas surprenant que le peuple palestinien — victime du massacre le plus brutal et le plus délibéré de ce siècle — l’ait toujours considéré comme un ami fidèle, dont les appels téléphoniques du soir à la paroisse catholique de Gaza constituaient rien de moins qu’un appel incessant à l’humanité pour mettre fin au martyre en cours. Telle fut aussi sa dernière apparition publique. ...

13 avril 2026 · 6 min · Giuseppe Sacco

La défaite d’Orbán : une rupture géopolitique majeure

La défaite de Viktor Orbán revêt une dimension géopolitique évidente. Depuis seize ans, il avait installé en Hongrie un modèle pour l’extrême droite européenne et américaine. Donald Trump lui-même s’en était inspiré. Ce modèle, qualifié de “démocratie illibérale”, évoluait progressivement vers une forme de régime autoritaire. Sa chute constitue donc aussi une nouvelle défaite symbolique pour Trump. Le régime d’Orbán était devenu profondément impopulaire. Cette impopularité est particulièrement forte chez les moins de 30 ans : 65 % d’entre eux ont voté pour le parti Tiza de l’opposition, et seulement 15% pour Orbán. Il y a une coupure de génération forte: les jeunes souffrent d’un chômage structurel et l‘émigration pour chercher un emploi est forte. D’autres facteurs convergents expliquent la défaite prévisible d’Orbán. Dès les années 2010, celui-ci affichait clairement son ambition de transformer la Hongrie. Comme le soulignait Steve Bannon, idéologue de la mouvance MAGA, c’était « un Trump avant Trump ». La première étape de cette transformation fut le contrôle des médias : aujourd’hui, près de 85 % des médias hongrois sont sous influence gouvernementale. Après les médias publics, les rares organes privés indépendants ont été progressivement ciblés. La jeunesse a pu utiliser une contre information grâce à internet. La justice a perdu toute indépendance. C’est la cible principale des gouvernements d’extrême droite avec la presse. ...

13 avril 2026 · 4 min · Eric Djabiev

Internationaliser l'Amazonie?

En 1990, les écologistes allemands affirment : «L’Amazonie doit être intouchable, car c’est la banque de réserve forestière de l’humanité». Toutefois, de nombreuses protestations s’élèvent contre la ratification de la convention. De même qu’en 1947-48, l’ONU avait élaboré le projet de faire de Jérusalem une « ville internationale », un peu partout au fil des décennies, des voix se sont élevées pour réclamer une internationalisation de la forêt amazonienne, la plus large étendue de forêt primaire du monde. Certains considèrent en effet que la forêt amazonienne, source d’eau et d’oxygène, et réservoir exceptionnel de biodiversité, devrait appartenir à tous, comme bien public de l’humanité. Une idée que rappelle un peu le concept de la terre nourricière, la Pacha Mama, des peuples andins. ...

6 avril 2026 · 4 min · Chloé Maurel

Où en est la Roumanie, un an après l’élection de Nicușor Dan ?

À la mi-mars, la Roumanie a signé, avec l’Autriche, la Croatie, la Grèce, l’Italie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, demandant une révision urgente des échéances fixées par le plan de transition énergétique. Ce sujet, en apparence très technique, réunit un groupe d’États aux intérêts particuliers : certains affichent une hostilité manifeste envers les institutions européennes dans leur configuration actuelle (le cas extrême étant celui d’Orbán, qui fonde sa campagne électorale sur des vidéos générées par intelligence artificielle où l’UE et l’Ukraine sont présentées comme des ennemis publics) ; d’autres ont des intérêts économiques directs, liés à la nature de leur consommation ou à des projets d’infrastructure, fortement incompatibles avec les échéances adoptées au niveau européen. ...

5 avril 2026 · 4 min · Raluca Alexandrescu

Détrumpiser l'Europe

Maintenant qu’à la Maison-Blanche siège un personnage que qualifier de « discutable » relève de l’euphémisme, nombreux sont ceux qui commencent à prendre conscience d’un élément géopolitique qui leur a échappé pendant plus de trente ans : les intérêts européens et américains ne coïncident pas. En réalité, ils n’ont jamais coïncidé. Il suffit de penser aux raisons profondes de la Révolution américaine grâce à laquelle les treize colonies s’émancipèrent de la mère patrie anglaise en 1776, il y a exactement deux cent cinquante ans. « No taxation without representation » était le slogan : pas d’imposition sans représentation. Et pour manifester leur indignation, ils jetèrent à la mer une cargaison de thé, fierté et gloire de la couronne britannique. Le mouvement ultra-conservateur du Tea Party, dont est aujourd’hui issu le secrétaire d’État Marco Rubio, tire son nom de cet épisode. ...

30 mars 2026 · 9 min · Roberto Bertoni

États-Unis–Europe, histoire d’une alliance hostile

L’hostilité des États-Unis envers une Europe plus unie et autonome – aujourd’hui au cœur de la politique de Trump – a une longue histoire, étroitement liée à la Guerre froide et au déclin américain. Mais elle nous offre l’occasion de penser à la possibilité d’une autre Europe.

29 mars 2026 · 9 min · Gian Giacomo Migone

L'Espagne sauve l’honneur de l’Europe

Le monde entier découvre aujourd’hui Pedro Sánchez, le leader socialiste espagnol qui dirige une coalition d’union de la gauche. Son « non à la guerre » en Iran résonne comme un signal retentissant d’alerte face au danger mortel qui menace le système de sécurité collective mis en place en 1945. L’ONU, dont le vrai nom est « Organisation des Nations unies contre le fascisme » devait empêcher toute nouvelle guerre. ...

21 mars 2026 · 5 min · Eric Djabiev
accessible

Le retour des Pahlavi: une bonne idée pour l’unité de l’Iran?

L’Iran est un ensemble politique où la dimension ethno-confessionnelle est essentielle. La tradition millénaire de l’empire perse reposait sur la tolérance à l’égard de toutes les minorités. L’empereur perse le plus puissant, Darius Ier, se présentait comme « le roi du pays de toutes les ethnies ». Cette phrase est gravée sur sa tombe à Suse (Shush), en 486 av. J.-C. Cette tradition de tolérance a été rompue en 1928 au profit d’un système hypercentralisé de répression des minorités. ...

19 mars 2026 · 5 min · Eric Djabiev